‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 129 sur 257 · Théophile, ad Autohjc, II · texte numérisé non relu

Théophile, ad Autohjc, II

Justin. 14

en Mésopotainie ; l'Indus ensemence, dit-on, et arrose l'Orient. Si, en entrant dans une maison, tu voyais tout en ordre, bien propre et bien rangé, tu dirais évidemment qu'un maître y préside et qu'il est bien meilleur que toutes ces bonnes choses. De même dans cette grande maison qu'est le monde, lorsqiie en parcourant le ciel et la terre tu vois partout une providence, un ordre, une loi, crois qu'il y a un maître de cet univers et que ce père souverain est bien plus beau que les astres et toutes les autres parties du monde (li. »

Contre cette action providentielle de Dieu les païens objectaient la ruine du peuple juif, qui avait toujours honoré le Dieu des chrétiens. II était facile de répondre que les Juifs furent punis pour leur infidélité.

« Il n'a servi de rien aux Juifs, dites-vous, d'avoir honoré un seul Dieu par leurs autels et leurs temples avec la plus scrupuleuse fidélité. C'est une erreur, et il ne faut pas oublier ou ignorer la première partie de leur histoire pour ne penser qu'à la seconde. Ils ont, eux aussi, reçu la protection de notre Dieu — car Dieu est le même pour tous — tant qu'ils l'ont servi avec pureté et innocence, tant qu'ils ont obéi à ses préceptes salutaires. De peu nombreux, ils devinrent innombrables; de pauvres, riches; d'esclaves, rois. Sur l'ordre de Dieu et avec le concours des éléments, chétifs, ils anéantirent un

1. MiNUCivs FÉLIX, Oetavius, 18. Cf. Athénagore, Legatio, 25. Nous verrons plus tard que les anges jouent le rôle de ministres dans ce gouvernement providentiel du monde.

DIEU: SON EXISTENCE ET SES ATTUIL5UTS ITf)

j)fHipl(' iioiiibroux; désarmés, une foule eu ririnos; fugitifs, une année qui les poursuivait. Relis leurs écrits; ou bien, si tu préfères des Romains, sans parler des anciens auteurs, cherche ce que Flavius Josèphe ou Antonius Julianus ont dit des Juifs. Tu sauras que c'est par leurs crimes qu'ils ont mérité cette mauvaise fortune et que. d'ailleurs, rien ne leur est arrivé qui ne leur eût été prédit d'avance. Alors tu comprendras (lu'ils ont abandonné Dieu avant que Dieu ne les abandonnât, et qu'ils n'ont pas été pris avec leur Dieu, suivant ton expression impie, mais livrés par Dieu comme infidèles à sa doctrine (1). »

Les éprouves présentes des chrétiens donnaient lieu ;i une objection encore plus grave : saint Justin les c'xpli(iae par l'action malfaisante des démons (2). Tertullien répond que Dieu se plaît à éprouver les siens en vue de l'éternité.

« Dieu, qui a décidé de faire un jugement éternel et définitif à la fin des temps, n'anticipe pas avant cette date le triage qui est la condition du jugement. Il se montre, en attendant, également indulgent et sévère pour tous les hommes; il a voulu que ses bienfaits fussent communs aux méchants et les épreuves aux siens, afin que tous ensemble fissent l'expérience de sa bonté et de sa colère. Instruits de cela par lui-même,.

1. Ibid.. 33. Cf. Tertilliex, Apohfjff. 26 : « Jamais les Romains n'auraient vaincu le peuple juif, s'il n'avait péché contre Dieu et, en dernier lieu, contre le Christ. »

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