‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 13 sur 257 · XVIII SAINT JUSTIN ET LES APOLOGISTES · texte numérisé non relu

XVIII SAINT JUSTIN ET LES APOLOGISTES

sente. Ils ne pouvaient cependant la négliger absolument, dès lors qu'il s'agissait de donner au christianisme le droit d'être cru. Deux séries de considérations générales leur sont familières. Ils font ressortir l'excellence de la doctrine chrétienne et des livres bibliques qui la renferment : Justin, Tatien, Théophile, font valoir leur propre expérience. Ils exposent la doctrine religieuse et morale des prophètes. Ils insistent surtout sur l'antiquité de la Bible, où ils s'attachent à montrer la source de toute sagesse, de toute vérité. Ils en appellent aussi à l'autorité des philosophes païens, soit qu'ils y voient, avec saint Justin, une révélation diffuse du Logos divin, soit plutôt qu'ils les considèrent comme débiteurs sans le savoir de la Bible. L'apologétique chrétienne ne différerait pas jusqu'ici de l'apologétique juive des juifs alexandrins (1). Mais, d'autre part, les Apologistes montrent le christianisme vivant et agissant dans les âmes, avec la divine surabondance de ses dons surnaturels et de ses vertus ; ils reconnaissent la main de Dieu dans les exorcismes et dans les miracles qui se produisent tous les jours, dans l'héroïsme des martyrs et la sainteté des vierges ; en un mot, dans la transformation intérieure que la foi chrétienne opère

1. Je ne croirai pas cependant que l'apologétique juive ait eu une influence directe sur l'apologétique chrétienne. Parlant de la thèse de Josèphe, dans son Contre Apiov, que tout chez les Grecs est d'origine rt'-cente, et que les patriarches sont les véritables pères de la civilisation, M. Puech ne croit pas qu'elle ait été ignorée de Tatien. « Mais, dit-il, il est curieux de voir qu'il n'y ait aucun lien direct, en cette matière, entre l'apologétique judéoalexandrine et l'apologétique chrétienne. Tatien ne se soucie pas d'exalter les Juifs. »0p. cit. p. 39. C'est très exact.

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(huis les âmes. Minuciiis Félix et TortiiUieii invoiiueront enfin le « témoignage de l'àine » même.

On peut difficilement concevoir que les Apologistes, quelle que fût la spécialisation nécessaire (le leur tâche, aient pu se contenter de cette vue tout extérieure du christianisme. En défendant du dehors la foi chrétienne, comment n'en auraient-ils pas examiné le contenu? Philosophes de profession, au moins pour la plupart, ils ne pouvaient se contenter d'articles de foi qu'ils n'eussent point encastrés, en quelque sorte, dans l'édifice de leur propre pensée philosophique. Puisque, d'ailleurs, ils avaient pour dessein de s'adresser à des intelligences ignorantes du christianisme et de culture toute grecque — ou latine — force leur était bien d'adapter à cette « mentatalité » la présentation de la foi. On ne sera donc pas surpris que de Pœuvre des Apologistes se dégage, au moins à titre de tentative, une intellectualisation du christianisme.

A première vue — et si l'on met à part saint Justin, qui, d'un avis unanime, fait ici exception et mérite dès lors d'être étudié à part, — la dogmatique des Apologistes est fort simplifiée. On a remarqué depuis longtemps que, non seulement dans de courtes et très générales exhortations aux Grecs, mais dans des apologies plus étendues comme celles de Tatien, d'Athénagore, de Théophile, de ]\Iinucius Félix, le nom de Jésus n'est

pas prononcé. Ce fait est très significatif, car il suftirait à établir que toute cette apologétique n'est pas adéquate au christianisme intégral.

En trois articles, en effet, se résume la religion des Apologistes : une idée de Dieu, une idée du plan providentiel dans l'histoire de l'humanité, une idée des conditions essentielles du salut. Dieu est unique, spirituel, tout-puissant, créateur et maître souverain du monde : ils défendent cette idée de Dieu contre les corruptions puériles ou grossières de la mythologie, ils s'appliquent à en signaler l'intuition ou l'ébauche dans la philosophie profane. C'est aussi bien la thèse fondamentale de toute apologie, thèse juive, et même platonicienne, autant que chrétienne. Mais ce Dieu est transcendant aussi, ceci contre le stoïcisme, et ne saurait dès lors entrer directement en rapport avec le monde : il lui faut un médiateur, c'est le Logos (1). Le Logos a créé le monde; il préside à l'ordre et à la conservation des choses ; il éclaire l'entendement de l'homme et guide son énergie vers la vertu. Dieu a créé les anges, créatures libres et supérieures, auxquelles le Logos a commis le soin de veiller sur son œuvre. Quelques-uns de ces anges ont failli à leur mission; soit négligence, soit idolâtrie, soit concupiscence, ils sont devenus infidèles (2). Et les hom-

1. Sur les origines de l'idée de Logos, voyez Lebreton, Les théories du Logos au début de l'ère chrétienne (Pajis, 1906). Sur 'a taéorie du Logos chez nos Apologistes, voyc? la discussion de J. Tixeront, Histoire des dogmes, t. I (Paris 1905), p. 232 et suiv.

2. M. PuECH, p. 74, parlant de la nature des dénions telle que l'a exposé Tatien, écrit : « Il ne peut être douteux

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