Justin, ApoL, I
Justin. 1$
la volonté ». 11 en trouve la preuve dans la partie intermédiaire du récit, qui rapporte les détails relatifs à la destruction de Sodome. Abraham accompagne les hommes qui se dirigent vers Sodome et, res'té seul avec le Seigneur, il plaide auprès de lui la cause des villes coupables (xxviii, 16-17). Puis le Seigneur s'en va et Abraham rentre chez lui (33). Entre temps, les deux messagers entrent à Sodome où ils sont reçus par Loth (xix, 1-2). Loth, avisé de la ruine prochaine de la ville, demande grâce au Seigneur (18) et l'obtient, cependant que « le Seigneur fit pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu de la part du Seigneur du ciel » (24).
« Avez-vous compris que l'un des trois, qui est Dieu et Seigneur au service de celui qui est dans le ciel, est le maître des deux anges? Lorsqu'ils sont partis de Sodome, c'est lui qui reste pour avoir avec Abraham l'entretien rapporté par Moïse. L'entretien fini, il se retire à son tour et Abraham retourne en sa demeure. Depuis ce moment, ce ne sont plus les deux anges qui causent avec Loth, mais lui-même, comme l'Ecriture le montre, c'est-à-dire le Seigneur, qui a reçu du Seigneur du ciel, c'est-à-dire du créateur de toutes choses, le pouvoir d'infliger à Sodome et à Gromorrhe le châtiment rapporté par l'Ecriture (1). »
Tryphon se déclare convaincu par cette argumentation; il voit seulement une toute petite difficulté : si c'est le Seigneur qui apparut ainsi, pourquoi mangea-t-il des plats offerts par Abraham? Justin répond
1. Dialog., 55 et 56. Chemin faisant, Justin relève quelques versets des Psaumes qui attestent l'existence de cette seconde personne divine. Ps. CLX, 1 ; XLIV, 7-8.
LA THIMIÉ CHKliriliiNNIi; T.) I
sans poine i\\w c'osi là une expression fi<i,urce o(, il se hâte ad ahnudanliain Ihiih de chercher de nouvelles preuves. Il en trouve de multiples dans les diverses visions de Jacob {G en. xxxi, 10-13; xxxii, 22-30; XXXV, G-10; XXVIII, lO-Ul) (1). Il insiste sur l'appa rition qui fut l'aile à Moïse dans le buisson ardent.
v< Pernietlez-nioi de vous démontrer aussi, par le livre do l'Exode, que celui qui est ange, Dieu et Seigneur, qui apparut sous une forme humaine à Abraham et à Jacob, se montra aussi à Moïse et lui parla dans la flamme du buisson (Exod. Il, 23; m, 16)... L*ange qiie Moïse dit avoir entendu dans la flannne, celui-là même, puisqu'il est Dieu, déclare à Moïse qu'il est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob (m, 6, 14, 15)... Et quand il serait vrai que l'ange et Dieu ont figuré ensemble dans la vision de Moïse, d'après ce que j'ai démontré plus haut, ce ne serait pas le créateur de l'imivers qui se donne à Moïse comme le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, mais celui qui apparut à Abraham et à Jacob, ainsi que je l'ai démontré, celui qui exécute la volonté du créateur de l'univers et c[ui a exécuté en particulier ses desseins dans le jugement de Sodome. Ainsi donc, alors même qu'ils auraient été deux dans l'apparition, savoir l'ange et Dieu, personne n'osera dire, pour peu qu'il ait de bon sens, que le Créateur et père de toutes choses ait abandonné un moment les affaires célestes pour venir se montrer siu' un petit coin de terre...