Ihid., 15; trad. Plech (Paris, Alcan) p
« L'âme humaine, en soi, n'est pas immortelle, ô Grecs : elle est mortelle; mais cette même àme est capable aussi de ne pas mourir. Elle meurt et se dissout avec le corps si elle ne connaît pas la vérité; mais elle doit ressusciter" plus tard, à la fin du monde, pour recevoir avec son corps, en châtiment, la mort dans l'immortalité. Et d'autre part, elle ne meurt pas, fùt-elle dissoute pour un temps, quand elle a acquis la connaissance de Dieu. Par elle-même, elle n'est que ténèbres, et rien de lumineux n'est en elle ; et c'est là ce qui a été dit: «Les ténèbres ne reçoivent pas la lumière»... C'est pourquoi l'âme livrée à elle-même s'abîme dans la matière et meurt avec la chair. ]\îais si elle possède le concours de l'esprit divin, elle ne manque plus d'aide : elle monte vers les régions où la guide l'esprit; car c'est en haut qu'elle a sa demeure, et c'est en bas qu'elle a son origine (1). »
Dans ce passage étrange Tatien n'enseigne pas l'anéantissement de l'âme, puisqu'il promet au pécheur, après la résurrection, « la mort dans l'immortalité ». Mais ne parle-t-il pas d'une dissolution provisoire de l'àme — au moins de l'âme coupable -jusqu'à la fin du monde ? Tel semble bien être le sens littéral de ses paroles ; et c'est ainsi que Tinterprètent la plupart des critiques. D'autres, cependant, croient pouvoir maintenir que la mort dont il s'agit ici n'a que le sens métaphorique de mort spirituelle et ils rappellent qu'ailleurs Tatien attribue une activité aux âmes des morts, même pécheresses.
« Les démons qui donnent des ordres aux hom- 1. IMd., 13; tratl. Puech (Paris, Alcan) p. 125-126.
T. 'homme : SA NATURE ET SA DESTINÉE 2(Kd
mes no sont pas les àtnes des trépassés. Comment, en effet, deviendraient-elles actives, séparées du con^s, après la mort, à moins qu'on no croie que l'homme, insensé et impuissant pendant sa vie, puisse recevoir, après qu'il a cessé de vivre, une force plus active? Mais cela n'est pas, comme nous l'avons démontré ailleurs; et il est difficile de croire que l'àme immortelle, gênée par les organes du corps, devienne, après s'être séparée de lui, plus intelligente (1). »
Est-ce là un simple arctuinent ad hominem ou faut-il y voir une conlradiction de plus chez un auteur qui en présente bien d'autres? En tout cas, ces lignes indirectes son insuffisantes pour contredire des textes formels.
Ce qu'il faut principalement retenir et que Tatien veut surtout mettre eu évidence, c'est que, pour èlre immortelle et pure, c'est-ù dire pour posséder la vraie vie, l'âme humaine doit contracter une union — Tatien dit un « accouplement » — avec l'esprit de Dieu. On a remarqué fort justement que ce rôle de l'esprit divin « fait penser parfois au gnosticisme », mais. « à un gnosticisme atténué et rendu inoffensif (2) ;>. Car, en somme. Tatien ne fait peut-être que traduire dans la langue philosophique de son temps un principe élémentaire du surnaturel chrétien.
On retrouve chez d'autres Apologistes une opinion analogue. On a vu qu'elle inspire en partie l'argumentation du vieillard contre îe platonisme de Justin^