LE PLAN PROVIDENTIEL DU SALUT
Nous venons de voir quelle idée les Apologistes se font de la nature humaine normale, de l'homme considéré en lui-même et, si l'on peut ainsi dire, dans sou état statique et abstrait. 11 est certain même que cette conception est celle qui leur est la plus familière. ]\Iais c'est précisément une question de savoir si ce type idéal correspond de tous points h l'homme réel, si l'humanité religieuse est sans histoire et si elle poursuit sans obstacle l'accomplissement de sa destinée. A cette question, le Christianisme donne une réponse négative : il enseigne qu'il y eut un état meilleur de l'humanité, que notre condition actuelle, avec ses misères, est le résultat d'une déchéance et que la marche de l'homme vers le salut est contrecarrée par de redoutables adversaires, dont Dieu seul peut le faire triompher. Les Apologistes n'ont pas ignoré cette économie providentielle du salut, bien qu'ils y aient souvent trop peu insisté, et leurs écrits nous permettent d'en suivre, au moins d'une manière générale, les diverses vicissitudes.
« Les premiers chrétiens se préoccupaient avant tout de mériter par une Vie de vertu et de piété le bonheur futur qui leur était promis. Tournée du côté de l'avenir, leur attention ne se portait guère sur les origines... C'est ce qui explique le silence dont fut entourée, pendant la plus grande partie du second