Epist. ad Diognet., IX, 2; X, 2 et VII
Justin. i8
mettons rien de plus étrange que ce qui concerne vos prétendus fils de Zeus. Combien de fils prêtent à Zeus vos auteurs les plus estimés, vous le savez fort bien : Hermès, son verbe et son interprète, le maître universel ; Asclépios, qui fut médecin, et, frappé de la foudre, monta au ciel; Dionysos, qui fut mis en pièces; Héraclès, qui se jeta au feu pour mettre fin à ses douleurs ; les Dioscures, fils de Léda; Persée, fils de Danaé; et Bellérophon, fils de mortels, qui monta au ciel sur le cheval Pégase. Que dire d'Ariadne et de ceux qui, comme elle, furent changés en astres? Et vos empereurs défunts, vous les estimez toujours dignes d'être mis au rang des immortels, et vous trouvez quelqu'un pour jurer qu'il a vu s'élever du bûcher vers le ciel le César incinéré... » Si donc nous disons qu'il a été engendré par Dieu à proprement parler et en dehors de la génération commune comme Verbe de Dieu, ainsi que nous l'avons dit, c'est pour vous une chose ordinaire, qui appelez Hermès le verbe et le messager de Dieu. Si l'on nous objecte qu'il a été crucifié, c'est encore un sort qui lui est commun avec vos fils de Zeus déjà nommés, et qui ont souffert. Leur genre de mort n'est pas identique; on en raconte, au contraire, de très différents, en sorte que Jésus ne leur est pas inférieur même par l'originalité de ses souffrances... Nous racontons qu'il est né d'une vierge : il a cela de commun avec votre Persée. Nous disons qu'il guérissait les boiteux, les paralytiques, les infirmes de naissance et qu'il ressuscitait les
JÉSUS-CIIMIST KT SON ŒIVRK 2;'>9
morts : ci'la païaîl'f.i imc rcssoml»l;mC€ a\'ec les prodiges ciue vous raeoiile/, d'Asclépios (1). »
'rortullion aussi se [ilait à luonlrer combien la naissaiire luiiaculrusc de Jésus est sui)érieure aux iiOnùratit)us iiiieslucuses ou ,t:rotesques des divinités païennes, ("('pendant il ne laisse pas de conclure à l'ailfesse des jiaïens : « Acceptez au moins cette faille : elle ressemble aux vcMres (2). »
Mais toute la pensée de nos Apologistes ne s'est pas bornée à ces rap])ro(hements superficiels. Déjà les considérations apologétiipies (pie nous avons résumées plus haut, surtout celles cjui exploitent l'accomplissement des prophéties, l'action personnelle ou posthume de Jésus-Christ, contribuaient, au moins d'une manière lointaine, à établir sa divinité. De plus, saint Justin en a tenté, à l'adresse du juif Try])hon, une démonstration directe, basée sur le témoignage de l'Ecriture.
Il fallait d'abord prouver aux Juifs ({ue Jésus était le Messie promis par Dieu à leur race : nous avons dit comment Justin le faisait, en montrant qu'en lui se sont réalisées les prophéties jusi[ue dans les moindres détails. Comme l'humilité et la bassesse du Sauveur faisaient surtout scandale auprès des Juifs, Justin s'eiforce d'établir la distinction des deux avènements. Chemin faisant, il apporte aussi des textes qui tiennent de plus près à la doctrine christologique, d'où il résulte que le Messie futur est annoncé comme devant être seigneur, prêtre et roi, avec une grandeur qu'aucun homme n'a jamais atteinte : Justin rapporte dans ce sens de longs passages, souvent même le texte tout entier dés Psaumes cix, lxxi, xxiii, xlvi, xcviii et XLiv (3).
1. Justin, ApoL, I, 21-22. Tatien fait une argumentation analogue poiu- faire accepter que « t'iou a pris une forme humaine ». Oratio, 21.