LA VALEUR DU JUDAÏSME
Devant le Christianisme, à l'entrée même de ces voies nouvelles de salut qu'il prétendait ouvrir à l'humanité, le Judaïsme se dressait comme uu obstacle, qui représentait toutes les prétentions et tous les droits du passé. Israël n'avait-il pas reçu l'Ecriture et la Loi, qui le faisaient dépositaire des promesses divines? N'était-il pas le peuple élu de Dieu pour conserver d'abord, puis étendre son culte dans le monde entier? Une lutte ne pouvait manquer de s'engager entre ces deux religions antagonistes. Elle éclata, en effet, dès le premier jour et fut surto-ut vive à l'origine : ce fut la première grande crise du Christianisme. Mais l'Eglise brisa successivement les entraves de l'exclusivisme judaïque; ce fut en particulier tout l'objet de la carrière apostolique de saint Paul. D'une part, il ouvrait toutes grandes aux païens, pai- l'énergique initiative de son zèle, les portes de l'Eglise du Christ; de l'autre, il consacrait les efforts d'une pensée vigoureuse à établir doctrinalement la caducité de l'ancienne alliance.
La situation n'était plus la même au second siècle ; car la masse des Juifs s'obstinait dans une incrédulité sans espoir et l'Eglise s'était développée dans le monde païen avec une étonnante fécondité. Saint Justin, qui se plaisait à compter parmi les convertis du paganisme « des chrétiens plus nombreux et plus sincères que ceux d'origine juive ou samaritaine » (1), ne pouvait plus être sérieusement préoccupé du pro-