XXVIII SAINT JUSTIN ET LES APOLOGISTES
peuple saint que le monde est pour un temps encore épargné par Dieu. Ces indications ne suffisent-elles pas pour établir que la pensée de Justin, déborde les lignes purement philosophiques et éthiques dans lesquelles on a voulu l'enfermer?
Au vrai, saint Justin fait œuvre de théologien et il appartient à la même lignée que saint ïrénée, n ébauche, pour les divers articles de sa foi une explication, et ces explications sont de valeur fort inégale, certaines même erronées et inacceptables ; mais en ces essais Justin n'est pas guidé {)ar sa seule inspiration philosophique, il s'appuie toujours sur la lettre scripturaire et sur les données de la tradition, et l'on a pu reconstituer rien qu'avec des textes de lui les principales affirmations du symbole romain (1). Loin donc que Justin, soit un philosophe à peine teinté de christianisme, il apparaît comme un chrétien qui cherche dans sa philosophie rintelligence de sa foi.
C'est aussi bien son exceptionnel mérite : il est un témoin de la foi, et il est un interprète de la foi. Les presbytres n'affirmaient que le dépôt traditionnel : lorsque, à la fin du second siècle^ l'hérétique Noet est cité devant les presbytres de Smyme, pour rendre raison de ses nouveautés, les presbytres se bornent à opposer à ses affirmations leur symbole, et d'ajouter : « Nous disons ce que nous avons appris. » De leur côté, les gnostiques, les grands gnostiques s'entend, comme Basilides, Valentin, Marcion, usent d'une telle liberté envers le dépôt traditionnel, soit dans leur
1. Feder, p. 268-288. J. II.\hn, Bihliothek der Symbole, 3* édition (Breslau, 1897), p. 4.