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Il est un point, eu particulier, par où reschatologio de saint Justin se rattache aux formes les plus populaires (lu christianisme primitif; car il a recueilli la vieille doctrine du millénarisme, qu'on trouvait déjà chez Papias et ([uon retrouve après lui dans saint Irénée. Au cours du Dialogue, Tryphon en arrive à poser à son interlocuteur, comme un cas embarrassant, la question suivante.
« Dis-moi si vous professez vraiment que la ville dé Jérusalom doit être K^staurée et que voire peuple s'y rassemblera pour vivre dans le bonheur avec le Christ, les Patriarches et les Prophètes, ainsi que ceux qui furent de notre race ou ceux qui devinrent nos prosélytes avant l'avènement de votre Christ. Ou bien est-ce pour paraître avoir le dessus dans la discussion que tu en es venu à professer cette doctrine? »
Voici la réponse de Justin.
« Je ne suis pas asse-z misérable pour dire autre chose que ce que je pense. Je t'ai donc avoué déjà (1) que moi et beaucoup d'autres nous avons cette opinion, et que nous sommes absolument convaincus que cela arrivera ainsi. Je t'ai dit aussi qu'un grand nombre, en revanche, même de ceux qui suivent la doctrine chrétienne pure et pieuse, n'admettent pas cette croyance. Pour ce
1. Ce passage antérieiu-, auquel Justin fait allusion n'existe plus dans la rédaction actuelle de Dialogue.
.'ÎU LA ÛOGMATIOUE DES APOLOGISTES
qui est de ces prétendus chrétiens qui sont des hérétiques athées et impies, je t'ai montré qu'ils ont sur tout des enseignements blasphématoires, sacrilèges et insensés. Mais pour que vous sachiez que je ne dis pas cela pour vous seuls, je veux écrire, du mieux que je le pourrai, une relation de l'entretien que nous avons eu ensemble : j'y écrirai que je professe toujours ce que je viens de vous dire. Car je n'ai pas l'intention de suivre les hommes et les doctrines humaines de préférence à Dieu et aux enseignements qui nous viennent de lui. Vous êtes tombés peut-être sur de prétendus chrétiens qui ne professent pas cette croyance et qui osent blasphémer contre le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, en disant qu'il n'y a pas de résurrection, mais que les âmes montent au ciel aussitôt après la mort : ne les regardez pas comme des chrétiens... Moi, au contraire, et tous les chrétiens orthodoxes, nous savons qu'il y aura une résurrection de la chair; (il y aura) aussi un règne de mille ans dans une Jérusalem rebâtie, embellie et agrandie, ainsi que le promettent Ezéchiel, Isaïe et les autres prophètes. »
Bien que la rédaction de ce passage ne soit pas des plus limpides, on voit cependant que, dans la pensée de Justin, seule la résuriectiou des corps est une vérité de foi, tandis que la croyance au règne millénaire reste une opinion discutaille et discutée entre chrétiens, opinion qui lui paraît d'ailleurs la consé- <{uence naturelle et la meilleure sauvegarde du dogme. Il en trouve, au surplus, l'indication dans l'Ecriture.
« Voici en effet, ce que dit Isaïe sur cette ère
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do mille ans : s // // cmni tin ciel nonccaii et une terre nouvelle. Ils oublieront ce qiù a précédé et le souvenir n'en viendra plus à leur cœur; mais ils trouveront joie et allégresse dans la terre que je crée... On n'y entendra plus ni pleurs ni cris. Il n'y aura personne qui ne soit d'âge mûr, pas de vieillard qui ne puisse remplir son ie)nps... Ils hâ liront des maisons et les habit eroïit ; ils planteront des vignes et ils en mangeront les fruits et ils en boiront le vin. Car comme les jours de Varbre de vie, ainsi seront les jours de mon peuple, et les
œuvres de leur travail seront multipliées »
(IsAïE, Lxv, 17-25). Par ces dernières paroles, nous savons que mille ans sont mystérieusement désignés. En effet, après qu'il fut dit à Adam qu'il mourrait le jour même où il viendrait ;ï manger de l'ai'bre, nous savons qu'il n'a pas vécu tout à fait mille ans. Nous avons compris aussi que cette parole : « Le jour du Seigneur est comme mille ans» (Ps. Lxxxix, 4) se rapporte à ce sujet. De |dus, chez nous, un des apôtres du Christ, nommé lean, a prophétisé dans son Apocalypse que les fi- «lèles de notre Christ passeraient mille ans à Jérusalem et qu'ensuite aurait lieu la résurrection générale et le jugement H V »
Sauf cette croyance archaùpie au niillénarisine, l'eschatologie des Apologistes ne présente rien do remar- ([iiable ni pour Torigiiialité, ni pour le développement. (J'est la doctrine chrétienne conunune, à peina commenté î. Au contraire, le dogme de la résurrection allait susciter toute une théologie, qui mérite, vu son importance, d'être exposée à part.