‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 241 sur 257 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Un des dogmes les plus chers à la piété des premiers chrétiens, celui dont ils attendaient, avec une esi>érance passionnée, la récompense de leurs sacrifices et la compensation de leurs peines, c'était le dogme de la résurrection de la chair. Mais en même temps, aux yeux de la raison, il n'est peut-être pas de croyance plus paradoxale : aussi est-ce contre elle surtout que les païens se plaisaient à multiplier les objections et les railleries. Spécialement attaquée, cette vérité fut l'objet, de la part des Apologistes, d'une défense spéciale — tellement que ce dogme se trouve être le seul sur lequel nous ayons, dès le second siècle, outre de nombreuses allusions de détail, de véritables traités ex professa.

Tatien affirme avec force la foi chrétienne, ébauchant à peine les explications qui la doivent rendre acceptable.

« Nous croyons que les corps ressusciteront après la fin du monde — non pas, comme le veulent les stoïciens, pour que les mêmes choses se produisent sans cesse et périssent selon la succession de certaines périodes, sans aucune utilité; mais, une fois les siècles de ce monde accomplis, définitivement, en considéralion do

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l'étal dos lioimiies seuleinoul, en vue du jugement... Vous pouvez nous louir, Uuit (lue vous voudrez, pour dos bavards et dos radotours; nous n'en avons cure, puisque nous avons foi à cette doctrine. Car, comme je n'étais pas avant que d'être né et j'ignorais que je devais être — je n'avais en effet qu'iuio existence l;itouto dans la matière générale de la chair — et comme une fois né, moi qui n'existais pas autrefois, j'ai cru à mon existence par suite de ma naissance, ainsi, moi qui suis né, qui par la mort ne serai plus et que nid ne verra plus, je serai de nouveau, do même que je suis né après un temps où je n'étais pas. Si le feu détruit ma misérable chair, le monde conserve cette matière qui s'en est allée en fumée ; si je dispai'ais dans un fleuve ou dans la mer, si je suis mis en pièces par les bêtes féroces, je suis en dépôt dans le magasin d'un maître opulent. Et le pauvre — je veux dire l'athée — ne connaît pas ce dépôt; mais Dieu, le souverain maître, quand il le voudra, reconstituera dans son état ancien la substance qui n'est visible qu'à lui seul (1). »

Saint Justin se préoccupe davantage de faire admettre par les païens cette doctrine étonnante : il invoque pour cela la puissance divine et les merveilles de la génération humaine.

« "Nous espérons que les morts déposés en terre reprendront leurs corps, convaincus que rien n'est impossible à Dieu. Quand on y réfléchit, qu'y

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