‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 246 sur 257 · I.\ HÉSliRRKCTION OKS fOnPS · texte numérisé non relu

I.\ HÉSliRRKCTION OKS fOnPS

consacre la seconde partie de son traité (ch. 12-25). Son argumentation, connne dans ce (jui précède, est d'ordre purcMnenl rationnel. Avec beaucoup de logique, il énonce et développe successivement trois preuves de la résurrection : la première est déduite de la fin pour la(|U('ll(^ riiomnio a été créé.

« 11 n'est pas d'homme, s'il est de sens rassis et se laisse guider par la raison, qui fasse pour rien ce qu'il fait volontairement; il agit pour sa propre utilité, ou pour l'utilité de ceux dont il a la charge, ou bien pour l'œuvre elle-même qu'il est porté à réaliser par une certaine propension et affection naturelle... De même Dieu n'a pas fait l'homme pour rien; car il est sage, et la sagesse ne fait pas d'œuvre inutile. Il ne l'a pas fait davantage pour sa propre utilité; car il n'a besoin de rien, et dans ces conditions aucune de ses œuvres ne saurait lui être utile. 11 n'a pas créé l'homme non plus pour quelqu'une de ses autres créatures. En effet, aucun être intelligent et raisonnable, qu'il soit supérieur ou inférieur, n'a jamais été et n'est encore créé pour l'utilité d'un autre, mais pour vivre et persévérer dans sa propre existence... Ainsi donc il appert que Dieu, si l'on cherche la cause première et profonde, a créé l'homme pour lui-même, h cause de la bonté et de la sagesse qui éclatent dans toutes ses œuvres; si l'on regarde la cause plus immédiatement rapprochée des créatures, c'est pour leur propre vie, qui, sans doute, ne doit pas briller un peu de temps pour s'éteindre ensuite tout à fait. Aux reptiles, en effet, aux oiseaux et aux poissons, bref à tous les animaux, Dieu a

'à2ij LA DOGM.VTIOUE DES APOLOGISTES

donné cette vie éphémère. Mais les hommes, qui portent l'image de leur créateur, qui ont reçu l'intelligence et la raison. Dieu les destine à une vie éternelle. »

De là découle pour riiomine limmortalité de ses deux principes constitutifs : corps et âme, et de l'immortaiité découle à son tour la résurrection.

« Nous croyons à cet avenir non moins qu'à ce qui est déjà passé. Dès lors, en examinant notre nature, nous aimons cette vie soumise à l'indigence et à la corruption' comme conforme à l'existence présente; mais nous attendons avec confiance une vie éternelle et incorruptible. Ce n'est pas un rêve imaginé par les hommes ou un espoir illusoire; c'est une certitude garantit' par le plan même du Créateur. Il a créé l'homme avec nn corps et une âme immortelle; il lui a donné la raison et la loi naturelle pour garder les préceptes de vie sage et raisonnable qu'il a luimême posés. Or nous savons bien que jamais Dieu n'aurait créé un tel être, avec toutes les qualités pour durer toujours, s'il ne le destinait pas à une vie sans fin.

» Ainsi donc, s'il est vrai que le créateur de l'univers a fait l'homme pour mener une vie raisonnable, pour contempler sa gloire et sa sagesse qui brillent en toutes choses et pour vivre ensuite toujours dans cette contemplation, conformément au plan du Créateur et à la nature qu'il a lui-même reçue, nous pouvons dire, puisciue la cause est la même, que la naissance de l'iioumic

i,v i!Ksi:i«ui;i rio.N dks coiu's :>Ji

lions fiaraiitil son iiiiiuoilaliU'', et son iinmoilalilé sa résunccliou, sans laquelle riioininc ne saurait durer toujours (1). »

Thi second argument eu faveur de la résurrection est tiré de la ualuie même de l'hoinme. Car Athéiia^ore ne veut pas que la raison d'être de la résurrection soit d'ahord dans le juj^eiuent; sinon (X'ux qui n'ont pas à être jugés, connue par exemple les enfants, n'auraient pas lieu de ressusciter (2). Voilà pourquoi il cherche une raison plus fondameutale, et valable pour t«iiis. dans la valeur essentielle de l'homme.

« L'homme se compose d'une âme immortelle et d'un corps qui fut joint à cette âme au moment de la création. Ce n'est pas à l'âme seule ni au corps seul que Dieu a voulu donner, avec cette première origine, la vie et tout le cours de l'existence; c'est à l'homme composé de c-es deux substances, afin que, comme elles ont constitué sa naissance et sa vie, il parvienne avec elles à une fin commune. 11 faut donc, puisque c'est un même être com])osé de deux principes qui reçoit toutes les impressions du corps et de l'âme, qui accomplit toutes les opérations de la vie sensitive et de la vie raisonnable, que cet ensemble persiste jusqu'à la fin, de manière que tout concoure à une même miité harmonieuse et solidaire : la naissance, la nature et la vie de l'homme, ses actions et passions, son existence tout entière et la fin correspondante à sa nature. Si donc

Page 1