‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 249 sur 257 · I.\ ItKSlKlilU ll()\ DKS rORPS 'MU · texte numérisé non relu

I.\ ItKSlKlilU ll()\ DKS rORPS 'MU

la. passion ot attire (Misuite l'àino au rousonteiiKMit et. à la collaltoratioii dont il a besoin; s'il est vrai que les appétits et les plaisirs, les craintes et les douleurs où l'on trouve quelque chose de déréglé viennent du corps, tandis que les péchés qui en sont la conséquence et les châtiments qui suivent le péché sont attribués' à l'âme seule, qui, elle, n'avait besoin d'aucune satisfaction pareille, qui n'éprouve ni concupiscence, ni crainte, ni aucune autre des passions que l'iiomme ressent d'ordinaire, où donc est la justice si l'àme est seule à. êti"e jugée?...

» De plus, connucnt ne seraît-il pas absurde qu'on ne puisse même pas concevoir la vertu ou le vice dans ime âme seule — les vertus que nous connaissons sont, en effet, les vertus de l'homme et de même les vices opposés ne sauraient appartenir à l'àme séparée du corps et laissée à ellemême — tandis que l'àme en recevrait seule la récompense ou le châtiment? Connuent imaginer dans une âme seule le courage ou la patience, puisqu'elle ne craint ni la mort, ni les blessures, ni la mutilation ni la ruine, ni les coups, ni les douleurs et les misères qui s'ensuivent? Comment concevoir la continence et la tempérance puisqu'aucune passion ne la pousse à la nourriture, ni aux plaisirs sensuels ou auti'os délectations, puisqu'il n'y a rien qui puisse ni à l'intérieur la troubler, ni l'attirer de l'extérieur? Comment comprendre la prudence, si elle n'a pas devant elle des actions à faire ou à éviter, des objets à choisir ou à repousser; bien plus, si elle n'a aucun attrait inné, aucun élan naturel à

faire quoi que ce soit? Comment enfin des âmes pourraient - elles pratiquer la justice à l'égard d'elles-mêmes ou à l'égard d'autres êtres semblables ou différents, puisqu'elles n'ont pas les moyens de rendre à chacun ce qui lui revient, excepté l'honneur dû à Dieu; puisque d'ailleurs elles n'ont aucun penchant ou inclination à user de leurs propres biens et à s'abstenir des biens d'autrui? En effet, user ou s'abstenir des biens naturels ne se peut comprendre que chez les êtres qui sont faits pour cet usage. Or l'âme n'a besoin de rien et elle n'est pas faite pour user de ceci ou de cela; c'est pourquoi la pratique de la justice individuelle est impossible à une âme ainsi constituée (1). »

De tout cela, notre philosophe conclut une fois de plus que le corps de l'homme doit ressusciter. Tel est, dans sa physionomie générale, le traité d'Athéiiagore: œuvre originale et forte, vigoureusement pensée et écrite avec beaucoup d'art, dont l'argumentation purerement abstraite et rationnelle, les di^'isions multipliées, la logique rigoureuse et quelque peu sècho font penser aux meilleures œuVres de la première scolastique.

Sur le même sujet, nous avons encore un traité, malheureusement incomplet, attribué à saint Justin par quelques auteurs. D'assez nombreuses différences de style rendent peu probable cette attribution; mais, d'un avis unanime, l'ouvrage est certainement de l;i même époque. Tandis qu'At'hénagore s'adressait sur-

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