‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 30 sur 257 · Ibid. 33, 35. Cf · texte numérisé non relu

Ibid. 33, 35. Cf

3. Cf. Théophile, ad Autolyc. III. 15; Minucius Félix, Octavius. 30-31; Justin, Apol., I. 27; Tertullien, Apologet., 9.

32 L'APOLOGÉTIQUE DliS APOLOGISTES

Après s'être ainsi défendus, les Apologistes se posent à leur tour hardiment en accusateurs. Ils reprochent aux païens d'accomplir ouvertement, dans leur vie privée ou dans leurs cérémonies religieuses, les crimes qu'ils accusaient les chrétiens de perpétrer dans leurs assemblées secrètes. Saint Justin donne l'exemple de cette offensive.

« ... De même qu'autrefois on élevait des troupeaux de bœufs ou de chèvres, de moutons et de chevaux, ainsi aujourd'hui on élève des enfante uniquement en \'Tie de la débauche. Il y a de même dans toutes les nations une quantité de femmes, d'êtres d'un sexe douteux et de créatures infâmes, livrées à ce commerce; et vous percevez sur ce trafic des droits, des tributs et des impôts, quand il faudrait l'extirper de votre empire. Et parmi ceux qui abusent de ces malheureux, outre que ces unions sont impies, sacrilèges et impures, peut-être y en a-t-il qui s'imissent à un enfant, à un parent ou à un frère. Quelques-uns prostituent leurs propres enfants et leurs femmes ; d'autres se mutilent publiquement en vue de l'infamie pour célébrer les mystères de la mère des dieux ; et à chacmi de vos prétendus dieux, vous attribuez le serpent comme grand et mystérieux symbole. Voilà ce que vous faites publiquement et ce que vous honorez; puis vous nous accusez nous-mêmes de le faire, une fois la lumière renversée et éteinte. Ces accusations ne nous atteignent pas, puisque nous sommes inca-

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pablcs de licii faiie de pareil; elles rolombent plutôt sur ceux qui commettent ces iiilïimies et en accusent ensuite les autres (1). »

» ...Nos ennemis ont mis à mort (luehiues-uns des nôtres à cause des calomnies répandues contre nous; ils ont mis à la torture nos serviteurs: des enfants ou des femmes, et par des supplices effroyables, ils les ont forcés à nous imputer ces crimes imaginaires, qu'ils commettent euxmêmes publiquement. Mais, puisqu'il n'y a chez nous rien de tout cela, nous n'y prenons pas garde; cai' nous avons le Dieu éternel et ineffable pour témoin de nos pensées et de nos actions. Pourquoi, en effet, ne proclamerions-nous pas en public que tout cela est bien et qu'il y a là une philosophie divine? Pourquoi ne pas dire, quand nous faisons un homicide, que nous célébrons les mystères de Kronos? quand nous nous gorgeons de sang comme on le dit, que nous faisons connue l'idole en honneur chez vous, qui est arrosée non seulement du sang d'animaux sans raison, mais de sang limnain, puisque, par les mains du plus illustre et du plus noble d'entre vous, vous lui offrez en libation le sang des hommes égorgés? que nous sonunes les imitateurs de Jupiter et des autres dieux en nous livrant à des crimes contre nature et à une débauche sans frein, et que les écrits d'Epicure et des poètes servent d'apologie à notre conduite?

1. Justin, Apol., I. 27. Cf. T.a.tien, Oratio, 25. Souvent Tatien se livre à de vives déclamations contre les mœurs des Grecs, mais sans relation, au moins indiquée, avec les calomnies dont les chrétiens étaient victimes. Cf. 22-24, 33-34.

Mais, au contraire, nous enseignons à fuir ces doctrines, ceux qui les mettent en praligue et leuns imitateurs; c'est encore ce que nous nous efforçons de faire dans ce discours ; et voilà pourquoi on nous fait la guerre de toutes les façons. Encore une fois, nous n'y prenons pas garde, parce que nous savons qu'un Dieu juste voit tout. Plût au ciel que, aujourd'hui encore, du haut d'mie tribune, on entendît quelqu'un s'écrier d'une voix tragique : « Rougissez, rougissez de rejeter sur des innocents les crimes que vous commettez en public; d'imputer vos fautes et celles de vos dieux à des hommes qui n'y ont pas la moindre part. Repentez-vous et changez de conduite (1). »

Athénagore montre comment les accusations imputées aux chrétiens retombent sur les dieux du paganisme et siu" les païens eux-mêmes.

« Rien d'étonnant à ce que nos ennemis nous accusent de ce qu'ils attribuent à leurs propres dieux sous prétexte de mystères. Mais ils devraient, si c'est un si grand crime de contracter indistinctement des unions incestueuses, condamner d'abord Jupiter, qui eut des enfants de sa mère Rhéa et de sa fille Koré et qui prit sa propre sœur pour femme, ou l)ien désavouer Orphée, l'auteur de ces légendes, qui représente Jupiter plus criminel et plus souillé que Thyeste. Car, d'après l'oracle, il viola sa fille pour se faire roi et assouvir sa vengeance,

» ... A notre égard, se vérifie le proverbe : La

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