‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 33 sur 257 · LES CALOMNIES POPULAIRES 'M · texte numérisé non relu

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guère qui mangent les bèlcs qui ont été sur l'arène, toutes souillées de sang et engraissées de chair huniaino...

» La secte des démons a encore inventé contre nous la légende du repas incestueux..., mais cela convient beaucoup plus à votre race. Chez les Perses, il est permis de se marier avec sa mère; choz les Egyptiens et les Athéniens, l'union avec une sœur est légitime. Vos histoires et vos tragédies sont pleines d'incestes, et vous, vous les lisez ou vous les écoutez avec plaisir. Vous honorez des dieux incestueux, qui se sont unis à une mère, à une fille, à une sœur. C'est donc à juste titre que chez vous l'inceste est souvent surpris et, en tout cas, toujours commis. Et même sans le savoir, malheureux que vous êtes, vous pouvez contracter des liaisons illicites. Etant donné que vous promenez au hasard vos passions impures, que vous semez des enfants un peu partout, que vous exposez à la miséricorde étrangère ceuxlà même qui vous sont nés à la maison, nécessairement il arrive à votre débauche de retomber "sur les vôtres et de s'égarer sur vos propres enfants (1). »

Quand des esprits modérés, comme Minucius Félix, Athénagore et Justin, le prennent sur ce ton, on peut imaginer à quelles invectives se livre la verve d'un TertuUien (2). C'est d'ailleurs toujours le même thème et à peu près les mêmes faits, que le grand Africain rajeunit seulement de sa vigoureuse éloquence.

1\ MiNUCius FÉLIX, Octavius, 30-31. Cf. 25. 2. Tertulliex, Apologet., 9. Cf. 15.

Il reste enfin une dernière catégorie d'accusations, qui visent plutôt le culte que la conduite des chrétiens. Les Apologistes latins sont seuls à les rapporter; ils y répondent toujours de la même manière, témoin ces pages de Minucius Félix.

« Tu as entendu dire que nous honorons une tête d'âne. Qui serait assez sot pour avoir un tel culte, et qui encore plus sot pourrait croire que nous l'avons, n'était seulement que vousmêmes vous honorez des ânes tout entiers dans leurs étables, avec leur déesse Epone, qui est aussi la vôtre, et que ces mêmes ânes, avec Isis, vous les entourez d'un respect religieux? De même vous immolez et honorez des têtes de bœufs ou de moutons; vous consacrez des dieux qui sont moitié hommes moitié boucs, qui ont des visages de lion ou de chien. Est-ce que, avec les Egyptiens, vous n'adorez pas et ne nourrissez pas le bœuf Apis? Vous ne condamnez pas davantage le culte qu'ils rendent aux serpents, aux crocodiles et autres bêtes, ainsi qu'aux oiseaux et aux poissons; et si quelqu'un vient à tuer un de ces dieux, il est puni de mort.

» Celui-là aussi qui colporte contre nous la légende d'un culte immoral rendu à nos prêtres, s'efforce de reporter sur nous ce qui lui appartient. Ces rites impurs reviennent, en effet, de droit à des hoiimies chez qui tous les sexes s'étalent avec tous leurs membres ; chez qui l'impu-

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reté s'appelle politesse; qui, jaloux du dév^«rgondage des proslituées, portent sur le corps d'autrui des lèvres impures : hommes à la langue mauvaise, même s'ils se taisaient, et qui arrivent à avoir le dégoût de leur débauche plutôt que le remords... Car vous inventez, sur le compte d'hommes chastes et purs, des choses que l'on croirait impossibles si vous n'en donniez la l)reuve par voire conduite.

» ...Pour ce qui est de la croix, ni nous ne l'adorons, ni nous ne la souhaitons. Mais c'est bien plutôt vous, puisque vous consacrez des idoles de bois, qui adorez sans doute les croix de bois comme des parties de vos dieux. Et encore vos étendards et vos enseignes militaires, qu'estce autre chose que des croix dorées et embellies ? Vos trophées de victoire affectent la forme non seulement d'une croix, mais d'un homme crucifié. Nous voyons un signe naturel de la croix dans un vaisseau, lorsqu'il s'avance les voiles gonflées ou lorsqu'il glisse les rames étendues. Lorsqu'on élève un joug, c'est encore un signe de la croix, et de même lorsqu'un homme tend les mains vers Dieu pour l'honorer d'une âme pure. Tant il est vrai que le signe de la croix est suggéré par la raison naturelle ou forme la base de votre propre religion (1). »

Ce dernier morceau sur la croix est uii des plus singulière lieux communs de la littérature apologétique. On le trouve ainsi développé par Tertullicn.

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