‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 4 sur 257 · VIII SAINT JUSTIN ET LES APOLOGISTES · texte numérisé non relu

VIII SAINT JUSTIN ET LES APOLOGISTES

s'ils sont dénoncés, et qu'on leur applique la rigueur des lois qui les frappent, s'ils n'apostasient point. Les chrétiens ne peuvent opposer à oes accusations et à ces rigueurs que leur innocence et leur patience. Loin de se révolter contre le martyre, ils l'acceptent joyeusement, religieusement : c'est là toute l'apologétique de l'épître de saint Clément, des épîtres ignatiennes et, vers la fin du second siècle, des martyrs de Lyon.

Cependant un moment vint, où, sans moins craindre le martyre, il se rencontra des chrétiens pour crier l'innocence de tous, et pour demander justice. Ce sont ceux que l'on a nommés les Apologistes (1).

Il semble que l'apologétique soit née à Athènes, qui était alors encore la cité des « philosophes ». La philosophie était une profession, presque une corporation, qui « impliquait des mœurs graves et un costume à part, sorte de manteau, qui désignait celui qui le portait, quelquefois aux quolibets, le plus souvent aux respects des passants. En embrassant le christianisme, les philosophes se gardaient de répudier leur nom et leur costume. De là une catégorie de chrétiens inconnue jusque-là. Ecrivains et parleurs de profession, ces philosophes convertis devenaient tout d'abord les docteurs et les polémistes de la secte. Initiés à la culture grecque, ils avaient plus de dialec-

1. Pour l'histoire littéraire des Apologistes, on nous permettra de renvoyer les débutants à notre Ane. litt. chr. grecque, 3e édit. (Paris 1901), p. 84-96. On trouvera tous les développements nécessaires dans 0. Bardenhewer, Geschichfe der altkirchlichen Litteratur, t. I (Freiburg' 1902), p. 157 315.

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tique et d'aptitude à la controverse que les prédicateurs purement apostoliques... Ils discutaient et on discutait avec eux. Aux yeux du gouvernement, ils étaient des gens plus susceptibles d'être pris au sérieux que les bons adeptes, sans éducation, d'une superstition orientale. Jamais, jusqu'à présent, le christianisme n'avait osé s'adresser à l'autorité romaine » (1). Les Apologistes l'osèrent pour lui.

Ils s'adressent tout d'abord aux empereurs, car ils réclament une tolérance dont le prince dispose. La première requête de cette nature est présentée à Hadrien, de passage à Athènes, vers 125-12G, par l'apologiste Quadratus, un athénien peut-être : cette apologie est maintenant perdue, et il ne nous en est resté qu'un fragment, cité par Eusèbe. Antonin le Pieux, successeur d'Hadrien, reçoit une apologie semblable d'un autre chrétien, nommé Aristide, et qualifié de « philosophe d'Athènes » : cette apologie, dont on n'avait qu'un fragment cité par Eusèbe, s'est retrouvée naguère en syriaque, en arménien, et, partiellement, en grec. C'est une exposition très simple, dans laquelle le philosophe athénien s'applique à démontrer au prince l'existence d'un Dieu unique, la vanité du polythéisme, l'excellence des vertus chrétiennes. Au même empereur, Antonin le Pieux, saint Justin adresse ses apologies, éloquentes et désordonnées, qui devaient avoir parmi les chrétiens un grand et long succès, et qui se sont conservées dans l'original.

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