Renan, L'Eglise chrétienne (Paris 1879), p
Justin, lui aussi, philosophe, vengeait le christianisme des accusations dont il était l'objet, et montrait qu'il était en possession de la sagesse la plus haute, fondée sur de justes motifs de crédibilité. Justin eut des imitateurs qu'encouragea sans doute la présence au souverain pouvoir d'un empereur stoïcien, Marc-Aurèle : les apologies se multiplient sous son règne. Il ne nous reste qu'un souvenir de celles que lui adress^èrent le philosophe Miltiade, Méliton, évèque de Sardes (175-180), Apollinaire, évèque d'Hiérapolis (169-176); la seule qui nous est parvenue est celle d'Athénagore, philosophe et athénien, adressée aux empereurs Marc-Aurèle et Commode (177- 180), Ces adresses au prince philosophe n'exercèrent d'ailleurs aucune influence sur sa politique religieuse, qui fut une politique de persécution, et dont saint Justin lui-même fut martyr.
On peut douter que ces adresses fussent de véritables requêtes ou suppliques remises aux mains de l'empereur, plutôt que des discours écrits destinés au public et n'ayant des l'equêtes que la forme (1). Les Apologistes, en effet, pensaient à l'opinion et travaillaient à l'éclairer directement par des « discours » et des « traités » (2). Sous
1. M. Croiset, p. 731, croit que la littérature apologétique chrétienne était une littérature clandestine. C'est là une intuition que rien ne confirme, au contraire, puisque des Apologistes comme Justin, comme Tatien, ont tenu école ouverte et publiquement controversé avec des philosophes païens, tel le cynique Crescens auquel Justin eut affaire. DUCHESNE, p. 200.
2. M. l'uECH, Rech'^rches sur le Disconrs aux Grecs d>' Tatien (Paris 190.3), p. 14 et suiv., a mis eu lumière les rapports de Tatien et de la sophistique du second siècle, jusque