Tatien, Oratio
sez un seul Dieu très haut, éternel el inengcndro, et que tout changement de matière constitue un coi-ps; vous dites aussi qne l'esprit de Dieu qui pénètre la matière, suivant ses changements, reçoit différents noms. Dès lors, les formes de la matière deviennent le corps de Dieu, et lorsque les éléments périssent dans la conflagration générale, nécessairement les noms périssent avec les formes et il ne reste plus que l'esprit de Dieu. Ainsi donc, des corps dont tout changement est une corruption, qui pourrait croire que ce sont des dieux? On dit, par exemple, que Kronos c'est le temps et Rhéa la terre; que celle-ci conçoit et enfante de Kronos, que celui-ci engendre et dévore ses enfants...; que la fureur de Kronos n'est autre chose que le changement du temps qui détruit les êtres animés et inanimés... A tous ceuxlà, nous disons : si Kronos est le temps, il change ; s'il est une saison, il passe; s'il est l'obscurité, le froid ou rhmnidité, rien de tout cela ne r^ste. Or la divinité est immortelle, immobile et immuable. »
Il continue le même raisonnement pour Zens et les autres dieux et il conclut qu'en somme ce système n'aboutit rpi'à diWniser les éléments.
« Conmie si quelqu'un prenait pour le pilote le navire sur lequel il vogue ! Mais de même qu'un vaisseau, même avec tous ses agrès, n'est bon à rien s'il n'a pas de pilote, ainsi les éléments bien ordonnés ne sont rien sans la Providence de Dieu. Le navire ne naviguera pas tout seul; les
éléments non plus ne se mettront pas en mouvement sans un démiurge (1). »
Une autre explication du paganisme, ccurante dans l'antiquité, était révhémérisme, d'après lequel les dieux sont toiU simplement des hommes divinisés. Ce système allait trop bien à la thèse des Apologistes pour qu'ils ne l'aient pas accueilli avec empressement. Voici comment s'exprime Minucius Félix :
« Lis les écrits des historiens et des sages : tu y verras les mêmes choses que moi. Evhémère prouve qiie ce sont des hommes qui ont été regardés comme des dieux pour leurs vertus ou leurs bienfaits; il énumère leur lieu de naissance, leur patrie, leur tombeau et il les montre chacun dans sa province : Jupiter à Dictée, Apollon à Delphes, Isis à Pharos, Cérès à Eleusis. Prodicus dit que ceux-là furent pris pour des dieux, qui, dans leurs voyages, avaient découvert des fruits nouveaux et, par là, rendu service aux hommes. Persée fait le même raisonnement et il donne aux fruits le nom de ceux qui les ont découverts, comme dit le proverbe comique : Vénus a froid sans Bacchus et Cérès. Alexandre le Grand, dans une remarquable lettre à sa mère, écrit que, par crainte de sa puissance, un prêtrs lui a livré le secret de l'origine humaine des dieux : il met à la tête de tous les autres Uranus et puis la race de Jupiter. Celle-ci, à son tour, a pour chef Saturne, qui n'était qu'un homme, ainsi que Font écrit tous les historiens, grecs