‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 53 sur 257 · Tertulliex, Apologet · texte numérisé non relu

Tertulliex, Apologet

2. Justin, ApoL, II. 5. Cf. I. 5, 9, 25 et 54. .Voir aussi Tatien, Oratio, 8 9.

Mais les démons se sont emparés ensuite de ces noms : leurs actions en sont la preuve (1). »

Nous reviendrons plus tiird sur la théologie démoniaque des Apologistes. 11 suïfit de remarquer ici que cette doctriue leur a servi à fournir l'explication totale ou partielle de l'idolâtrie.

Cependant à cette religion telle ([uelle les Romains prétendaient devoir leur empire : on a entendu sur ce point la profession de foi de Cécilius, fidèle écho du nationalisme superstitieux de la Vieille Rome. Dès lors les chrétiens, en désertant le culte des dieux, commettaient un crime social encore plus qu'une faute religieuse. Cette question est négligée par les écrivains grecs; mais les Apologistes latins, moins préoccupés de philosophie et plus soucieux des réalités pratiques, ont prêté attention à cette objection des [)atriotes.

Minucius Félix commence par faire une revue ironique des crimes tpii ont marqué les origines de Rome. Puis il montre comment, du point de vue païen, toutes les conquêtes subséquentes sont autant d'attentats contre la divinité.

« Désormais, chasser les voisins de leurs terres, détruire les cités prochaines avec leurs temples et leurs autels, ramasser des captifs, s'agrandir par par l'injustice et le crime : telle fut, après Romulus, la pratique commune des autres rois et chefs ses successeurs. Ainsi tout ce que les Romains occupent, travaillent, possèdent, est le fruit de leur

1, Athès \GORE, Lryalio, 2o. Cf. Théophile, I, 10; Minucius FÉLIX, Octacius; Tertulliem, ApoJoget. 22.

audace; tous leurs temples se sont enrichis du butin pris à la guerre, c'est-à-dire de la ruine des villes, de la dépouille des dieux, du massacre des prêtres. N'est-ce pas une insulte et une dérision que de servir des dieux vaincus, de les adorer captifs après la victoire? Leur rendre un culte quand on les a pris à main armée, c'est consacrer un sacrilège plutôt qu'honorer la divinité. Les Romains ont donc commis autant d'impiétés que de triomphes; ils ont aussi souvent dépouillé les dieux qu'ils ont remporté de trophées sur les nations. Aussi doivent-ils leur puissance moins à leur religion qu'à l'impunité de leurs sacrilèges. »

Il souligne enfin l'impuissance des divinités païen-

nés.

« Les Romains, en effet, n'ont pas pu avoir pour auxiliaires dans leurs combats ces dieux contre lesquels ils avaient pris les armes et qu'ils ne commencèrent à honorer qu'après les avoir vaincus. Que peuvent-ils donc maintenant pour vous, ces dieux qui, en faveur de leurs propres sujets, ne purent rien contre vos ai'mes? Quant aux dieux indigènes de Rome, nous les connaissons ; c'est Romulus, Picus, Tibérinus, Consus, Pilumnus et Volumnus. Tatius inventa le culte de Cloacina; Hostilius celui de la Peur et de la Pâleur; bientôt je ne sais qui se mit à honorer la Fièvre. Voilà les divinités natives de cette ville : des noms de maladies ou d'infirmités ! Et certes Acca Larentia et Flora, ces cour-

tisanes éhoiitccs, méritent bien d'être comptées parmi les plaies des Romains comme parmi leurs dieux. Ce sont ces divinités sans doute qui ont étendu l'enipiro do Rome contre celles des antres peuples. Car ce ne sont ni Mars de Thrace, ni Jupiter de Crète, ni Junon qui est tantôt d'Argos, tantôt de Samos ou de Carthage, ni Diane de Tauride, ni la mère du rnont Ida, ni les dieux ou plutôt les monstres égyptiens, qui l'ont secourue contre leurs propres sujets (1). »

Tertullion développe, avec plus de vigueur encore, les niènies argiTments. Do plus, fidèle à sa thèse évhémériste, il ajoute, puiscpio les dieux ne sont que (les hommes, qu'on a régné avant eux et sans eux; que bien des empires, notamment celui des Juifs, n'ont pas conmi les divinités roiuaiiies; et que, à Rome même, la religion a plutôt suivi que précédé les conquêtes. Il conclut que toute puissance vient de Dieu.

« Ainsi donc, prenez-y garde. Celui qui donne aux Etats leur puissance, ne serait-ce pas celui qui est le maître et du monde qui est gouverné et de l'homme qui le gouverne ? Celui cpii a disposé dans le monde, chacun dans son temps, la succession des empires, ne serait-ce pas celui qui était avant tous les temps et qui a fixé l'ordre des siècles? Celui qui abaisse ou élève les cités, ne serait-ce pas celui qui était le maître du genre humain, avant qu'il habitât encore des villes ? (2)»

IMinucius Félix discute ensuite en détail les bienfaits, plus ou moins extraordinaires, dont les Ro-

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