Teutullien, Apologct
68 L'APOLOGÉTIQUE DES APOLOGKSTES
mains se déclaraient redevables à la bienveillance des dieux.
« J'en arrive à ces auspices et augures romains, collectionnés avec tant de soin, qu'on dit n'avoir jamais été omis sans dommage ni observés sans succès. Ainsi Clodius, Flaminius et Junius perdirent sans doute leurs armées, parce qu'ils n'avaient pas jugé bon d'attendre l'augure favorable des poulets sacrés. Mais Régulus? Il observa bien les augures, et cependant il fut pris. Mancinus fut fidèle à tous les rites, et il dut passer sous le joug et se rendre. Les poulets de Paul- Emile mangeaient bien, ce qui ne l'empêcha pas d'être écrasé à Cannes avec la plus grande partie des soldats de la République. Les augures défendaient à Caïus César de passer en Afrique avant l'hiver : il s'en moqua, et sa navigation fut d'autant plus heureuse et facile sa victoire.
» Que ne pourrais-je pas dire au sujet des oracles? Amphiaraiis prédit ce qui devait arriver après sa mort, lui qui n'avait pas su voir que son épouse le trahirait pour un collier. L'aveugle Tirésias prévoyait l'avenir, alors qu'il ne voyait pas le présent. Ennius a fabriqué les réponses d'Apollon Pythien à Pyrrhus, alors qu'Apollon avait depuis longtemps cessé de faire des vers. Cet oracle prudemment équivoque s'est tu juste au moment où les hommes plus éclairés commençaient à être moins crédules. Démosthène lui aussi, sachant bien que ces réponses étaient fictives, se plaignait que la Pythie pactisait avec Philippe. Quelquefois cependant auspices ou ora-
des oiiL rencoiilré la vérité. Il peut d'abord se faire que, pamii beaucoup do mensonges, le hasard ait pu faire croire à l'habileté. Mais je veux aller jusqu'à la source même d'erreur et de malice d'où ont découlé toutes ces ténèbres, pour l'approfondir davantage et la découvrir plus clairement. »
Cette « source » malfaisante n'est autre que l'action des démons. Ce sont eux qui travaillent à tromper les hommes et qui sont les auteurs, entre autres méfaits, des prodiges dont les païens se vantaient comme d'un triomphe de leurs idoles (l). Tertullien explique en détail comment ils opèrent.
« Tout esprit a des ailes : les anges en ont aussi, ainsi que les démons. En un moment, ils sont partout, l'univers entier est pour eux un seul lieu ; ce qiii se passe quelque part, ils le savent aussi facilement qii'ils l'annoncent. Leur rapidité fait croire qu'ils sont des dieux, parce qu'on ignore leur nature. De même aussi veulent-ils se donner parfois comme les auteurs de ce qu'ils annoncent. Et ils sont bien quelquefois les auteurs du mal qui arrive, du bien jamais. Ils connaissent les desseins de Dieu parce qu'ils ont autrefois entendu parler les Prophètes, ou qu'ils écoutent maintenant lire leurs écrits. Ils prennent de là quelque connaissance de l'avenir et c'est ainsi que, par une fausse divination, ils singent la divinité. Avec quelle habileté ils rendent des oracles ambigus, Crésus et Pyrrhus le savent. Quant