‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 56 sur 257 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

En s'attachant h disciiljjer les chrétiens des crimesl qu'où leur imputait et à justifier leur opposition aul polylhéisuio, les Apologistes avaient rempli la plusj) grande partie de leur tâche. Il leui' restait cependant à' tirer de ce plaidoyer une conclusiou pratique, celle que tous, directement ou indirectement, visaient pardessus tout. Car ils n'avaient pas seulement affairei avec une opinion publicfue soui)conneuse et prévenue: ils se trouvaient en présence d'uu pouvoir hostile quii proscrivait le Christianisme au nom de la loi et punissait de mort ses adeptes. Les Apologistes ne déses-; pérorent pas de faire cesser cet ostracisme. Dans ce but, forts de leur innocence et de leur bon droit, ils ne craignirent pas de se lever en face de l'Etat perses cuteur poiu' protester contre son injustice et demander leur part des libertés communes.

Quoi quii en soit des persécutions éphémères déchaînées par Néron et Domitien, on sait que les chrétiens, pendant tout le cours du second siècle, vécurent sous un régime de persécution légale organisée, dont le célèbre rescrit de Trajan forma constamment la base. D'après cette jurisprudence, les chrétiens n'étaient pas poursuivis d'office; mais étaient-ils dénoncés, on devait les condamner s'ils persistaient dans leur foi, les absoudre s'ils consentaient à la renier. Les Apologistes se plaignent d'être ainsi con-

damnés sans être convaincus d'aucun crime. Justin, le premier, fait entendre cette protestation.

« Nous demaaidons gu'on examine les accusations portées contre nous. Si elles sont démontrées exactes, qu'on nous punisse, comme il est juste; mais, si l'on n'a rien à nous reprocher, la justice ne permet pas, sur des bruits calomnieux, de condamner des innocents (1)... Mais, dira-t-on, déjà quelques chrétiens ont été arrêtés et convaincus de crime. Sans doute, il vous arrive souvent de prononcer beaucoup de condamnations; mais c'est parce que vous avez examiné la conduite de chacun des accusés, et non pas parce que d'autres ont été convaincus de crime avant eux... Si donc on accuse les chrétiens devant vous, nous demandons qu'on juge leurs actes, afin que celui qui aura été convaincu soit condamné comme coupable, mais non pas comme chrétien, et que celui qui aura été reconnu innocent soit absous comme chrétien, puisqu'il n'est pas coupable. Nous ne vous demandons pas ensuite de punir nos accusateurs : ils le sont suffisamment par leur malice et leur ignorance du bien (2). »

Car Justin ne saurait admettre que le nom de chrétien constitue à lui seul un crime.

« Un nom n'est ni bon, ni mauvais; il faut juger les actions qu'il recouvre. D'ailleurs, d'après ce nom qu'on nous reproche, nous sommes les meil-

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