Justin, ApoL, I
leurs des homnios. Cependant nous ne croyons pas juste de prétendre être al)Sous sur notre nom seul, si nous sommes convaincus de crime; mais en retour, si, dajis notre nom et dans notre conduite, on ne trouve rien de coupable, c'est à vous de faire tous vos efforts pour n'être pas répréhensibles en justice en condamnant injustement des innocents. Le nom seul, en effet, ne saurait être raisonnablement un titre à la louange ni au châtiment, si l'on ne peut montrer dans les actes rien de louable ou de criminel. Les accusés qui paraissent devant vous, vous ne les condamnez pas avant qu'ils soient convaincus de crime; pour nous, le nom seul sert de preuve. Cependant, à ne considérer que le nom, vous devriez plutôt châtier nos accusateurs. Car nous sommes accusés d'être chrétiens, et il n'est pas juste de haïr ce qui est excellent (1), Et encore si, devant cette accusation, quelqu'un vient à nier en parole et à dire qu'il n'est pas chrétien, vous le renvoyez n'ayant aucun crime à lui reprocher; mais s'il avoue, vous le punissez pour son aveu. Il faudrait, au contraire, étudier la conduite de celui qui avoue et de celui qui nie, afin que, par ses actes, chacun apparaisse ce qu'il est (2).»
Mais la procédure contre les chrétiens renfermait bien d'autres anomalies, pour ne pas dire de flagrantes
1. Ici, comme tout cà l'heure plus haut. Justin fait un jeu de mots que le grec seul permet de comprendre : XpiffTLavôs, chrétien = Xp7?(rTJs, Xp-qaTOTaros, excellent.
2., Ibid., 4. On trouve semblables protestations chez presque tous les Apologistes. Cf. Tatien, Oratio, 27; Athénagore, Legatio, 2; Ihéophile, ad Autolyc. I. 12.
illégalités : Tertullien les a stigmatisées avec toute la vigueur et la subtilité d'un juriste de profession (1). On trouve comme un précis de son argumentation dans cette page de ^linucius Félix.
« Combien il est injuste de juger, comme vous le faites, une cause sans renseignements ni enquête préalable, croyez-en notre propre repentir. Nous aussi, nous avons fait la même chose; et nous avons eu, quand nous étions encore aveugles et stupides, les mêmes sentiments que vous. Nous croyions que les chrétiens avaient un culte monstrueux, qu'ils dévoraient des enfants, qu'ils se livraient à des orgies incestueuses ; et nous ne remarquions pas que ces fables sont toujours divulguées à tous les vents par les démons, sans avoir jamais été l'objet d'une enquête ni d'une preuve, et que, depuis tant de temps, personne n'a pu produire, je ne dis pas un fait, mais l'ombre même d'un indice. Nous ne savions pas voir que cette religion est loin d'être criminelle, puisque le chrétien accusé n'avait ni honte ni crainte et ne regrettait qu'une chose, c'est de ne l'avoir pas été plus tôt. Nous cependant, nous acceptions de plaider la cause d'un sacrilège, d'un incestueux ou d'un parricide, tandis que ceux-ci, nous jie voulions même pas les entendre. Quelquefois même, pris pour eux d'une pitié cruelle, nous les livrions à la torture afin de contraindre à nier ceux qui avouaient, soi-disant pour les empêcher de périr, et nous les soumettions à un supplice inique, qui n'avait pas pour but de
1. Tertullien, Apologet. 14. Les morceaux les plus saillants sont cités dans Turmel, Tertullien, p. 14-17.
LE CilUlSTlANISME ET L'ÉTAT 75
leur arracher Ja vérité, mais de les forcer au mensonge. Et ,si quelque malheureux, trop faible pour résister aux tourments, venait à renier son titre de chrétien, nous nous montrions pour lui pleins de faveurs, comme si, en reniaut son nom, il s'était, par ce seul désaveu, disculpé de ses crimes. Reconnaissez-vous que nous avons pensé et fait les mêmes choses que vous faites et pensez? Alors que, si on jugeait par raison et non à l'instigation du démon, il aurait fallu les contraindre, non pas à désavouer leur foi, mais à avouer leurs incestes, leurs viols, leurs impiétés, leurs infanticides ,(1). »
Une objection cependant, ou plutôt un prétexte, se dressait contre les chrétiens : c'était l'autorité de la loi; et, sans doute, il ne manquait pas de bons esprits pour ériger en dogme le respect de la légalité. Tertullien fait justice de cette dernière idole en montrant que les lois ne valent cp'autant qu'elles sont justes. Puis il établit que les lois contre les chrétiens ne viennent que des mauvais empereurs; et prenant enfin l'offensive, il rappelle aux Romains comment ils ont laissé tomber en désuétude tant de lois anciennes et si bonnes (2). Donc, à supposer (fue les chrétiens soient coupables, les Apologistes réclament au moins pour eux la justice et le droit commun.
Mais ce n'était là qu'une argumentation ad hominem et dont le point de départ n'est accepté des Apologis-