‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 60 sur 257 · Athénagore, Legatio · texte numérisé non relu

Athénagore, Legatio

« On nous regarde parfois, non comme une doctrine divino, mais comme une secte de philosojthie. Les philosophes, di(.-on, enseignent les mômes choses : l'innocence, la justice, la patience, la sobriété, la chasteté. Eh bien! puisqu'on nous compare sous le rapport de la doctrine, pourquoi n'avons-nous pas le même droit et la même liberté de la professer? Ou bien, puisqu'ils sont nos égaux, pourquoi ne pas les contraindre à certaines fonctions qui nous exposent à être punis si nous ne les remplissons pas? Qui force un philosophe à offrir des sacrifices, à renier sa doctrine, ou à porter en plein jour de stupides lanternes? Tout au contraire, ils détruisent publiquement vos dieux, ils attaquent vos superstitions dans leurs écrits; et vous les applaudissez. Plusieurs même aboient contre les princes; et vous les laissez faire, et vous leur donnez des statues et des traitements, bien loin de les envoyer aux bêtes (1). »

Ailleurs, il expose le principe même de la liberté de conscience.

« Que l'un honore Dieu, et l'autre Jupiter; que l'un élève vers le ciel ses mains suppliantes, et l'autre vers l'autel de la Foi; que l'un, en priant, compte les nuages, si vous voulez, et l'autre les poutres du plafond; que l'un consacre son âme à Dieu, et l'autre celle d'un bouc. Prenez bien garde de ne pas encourir l'accusation d'impiété en nous enlevant la liberté religieuse

1. Tertullien, ApoIoQct. 4G. Cf. Tatien, Oratio, 25; Athénagore, Legatio, 7.

et le libre choix de la divinité, en me défendant d'honorer qui je veux pour me contraindre d'honorer qui je ne veux pas. ]\Iais personne, pas même un homme, ne voudrait des hommages de quelqu'un malgré lui (1). »

En attendant cette liberté qu'ils demandent, les Apologistes se déclarent prêts à tout souffrir plutôt que de trahir leur foi (2).

Cette indépendance de la conscience chrétienne était si loin d'être comprise que, aux yeux des païens, elle passait pour rébellion. On accusait couramment les chrétiens de mépriser l'autorité de César — ce qiii était un crime à la fois politique et religieux, puisque César, en même temps que le chef de l'Empire, en était aussi le dieu. Les Apologistes devaient s'expliquer sur ce point, en maintenant, à côté du devoir civique, les droits de leur foi religieuse.

« Nous sommes pourtant les premiers à payer les tributs et les impôts à ceux que vous préposez à cet office, comme nous l'avons appris du Christ... « Rendez, dit-il, à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matth. xxii, 17-22). D'où il suit que nous n'adorons que Dieu seul; mais pour le reste, nous vous obéissons volontiers, vous reconnaissant pour les rois et les chefs des hommes, et nous demandons dans H'Ds

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