Ihid
106 l'apologétique des apologistes
Ceux-ci la ramènent trois fois dans le corps, ceux-là lui fixent un cycle de trois mille ans. Ainsi, des gens qui ne vivent même pas cent ans, se promettent trois mille ans d'avenir. Comment faut-il donc appeler cela ? Charlatanisme, me semble-l-il, ou sottise, folie ou contradiction, ou tout cela ensemble. S'ils ont trouvé quelque vérité, qu'ils s'entendent et s'accordent : je les suivrai volontiers. Mais s'ils tiraillent l'ànie en sens contraires, s'ils lui attribuent chacun une nature et une essence différentes, s'ils transforment une matière en l'autre, je n'aime pas, je l'avoue, ce flux perpétuel des choses. Maintenant me voilà immortel, et je m'en réjouis; puis, me voici mortel, et j'en pleure; bientôt, il me faudra dissoudre en atomes. Je deviens eau, je deviens air, je deviens feu; dans un moment, je ne suis plus ni air ni feu : on me fait bête, on me fait poisson, et voilà donc que j'ai pour frères les dauphins. Et quand je me regarde moi-même, je suis effrayé de mon corps, je ne sais plus comment l'appeler : homme, chien, loup, taureau, oiseau, serpent, dragon ou chimère. Car je suis métamorphosé par les philosophes en tous les animaux, terrestres, aquatiques, volatiles et amphibies, sauvages et domestiques, muets ou parlants, raisonnables ou sans raison. Je nage, je vole, je plane, je rampe, je cours, je reste assis ; et voici maintenant Empédocle qui me fait arbrisseau (1). »
Hermias continue, sur ce ton de persiflage amusant et superficiel, la revue des diverses doctrines philoso-