XXII INTRODUCTION
position et de ne pas chercher à s’insinuer dans les familles par une propagande clandestine (4). Dans le cas contraire, l’État intervenait, et le père de famille, dépositaire et représentant de la puissance publique dans l’intérieur de la maison, avait le droit et le devoir de sévir et de venger les dieux méprisés (2).
Déjà, avant l’arrivée de saint Paul à Rome, le christianisme avait pénétré dans la capitale de l’empire. Rien de moins authentique assurément que ce que raconte Ter-
(1) L’historien Josèphe donne pour cause au décret de Tibère, qui expulsait de Rome les Juifs, une friponnerie commise par quatre Juifs de Rone, qui faisaient profession d'interpréter la loi de Moïse, envers une dame de condition libre et de noble naissance qui avait embrassé leur religion. (Anliq. judaïq., xvIu, 5.)
« Alienigenarum sacra movebantur, » dit simplement Sénèque en parlant du règne de Tibère. » (Ep. ad Luc, 108.)
(2) Tacite raconte que dans les premières années du règne de Néron, Pomponia Græcina, femme d’un haut raug, fut accuséc de superstitions étrangères. L'affaire fut instruite suivant l’usage ancien. La vie et l'honneur de l’accusée dépendaieut de l’issue du procès. Le mari, que la loi faisait son juge, la déclara inocente. (Annal., x111, 32.)
Baronius (Annal. eccles. ad ann. lerlium Neronts) pense que cette Pompouia Græcina était chrétienne. De Sanctis (dans sa dissertation sur le sépulcre de Plaulius, Ravenne, 1184, p. 6) est du même avis. Après avoir rapporté les paroles de Tacite: « Longa buic Pomponiæ ælas et tristitia fuit, nam post Juliam Drusi filiam dolo Mes: salinæ interfectam, per quadraginta annos, non cultu nisi lugubri, non animo nisi mæsto egit » (Ann., xlit, 32), il aioute : « La dévotion et la mortification cnt toujours passé aux yeux des profanes pour mauvaise humeur et tristesse. Qui pourra croire que Pomponia ait conservé si longtemps la tristesse que lui avait inspirée la perte d’une amic? La coïncidence qui se trouva entre l’‘poque du meurtre Ge Julia et la conversion de Pomponia, opérée, comme je le crois, par saint Pierre, aura donné licu à l'opinion qu’on s’était formée dans l'antiquité sur la cause
CH. Ier. — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. xkin
tullien (4), que l’empereur Tibère ayant reçu du procurateur Ponce-Pilate le procès-verbal de la mort du Christ, fut si frappé des circonstances qui l’avaient accompagnée, qu’il proposa spontanément au sénat de l’admettre au nombre des dieux. Ce qui est certain, c’est que sous le successeur d’Auguste, les Juifs étaient nombreux à Rome, que leur culte y était légalement toléré, et qu'ils avaient de fréquentes relations avec leurs compatriotes de la Palestine. Or, quoi de plus naturel que de supposer qu'avant même les prédications de saint Pierre et de saint Paul, la croyance chrétienne ait été apportée à Rome par quelque disciple inconnu ? Chaque fidèle, au commencement, était un missionnaire qui portait partout avec lui l’enseignement qu’il avait reçu. Le ministère de la parole appartenait à tous. Il ne s'agissait pas de longs écrits à expliquer et à commenter, mais de traditions orales. Chacun pouvait rapporter ce qu'à avait vu ou entendu dire, et ainsi la doctrine nouvelle se transmettait comme un flambeau qui
de la tristesse de Pomponia et de sa vie retirée. À mon avis, les paroles de Tacite ncus font clairement comprendre que Pomponia Græcins, animée de cette ferveur des premiers chrétiens, répudiant toute idée mondaine, ayant renoncé aux plaisirs, vécut en habits de deuil pendant les quarante années qui s’écoulèrent depuis sa conversion jusqu'à sa mort, ayant trouvé moyen de se créer au milieu de la Rome païenne un asile de pénitence. »
(1) Apolog. v. — Eusèbe, Sulpice Sévère, Nicéphore et Cedrénus enchérissent encore à l’envi sur le récit de Tertullien; mais cette fable est au-dessous de la discussion. Voir sur ce sujet VAan-DALE, De oraculorum elhnicorum duralione alque interilu, p. 455 et suiv., et une courte dissertation du même, De Aclis Pilati, p. 608.
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