‹ Saint Justin, philosophe et martyrChapitre 12 sur 96 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

se passe de main en main. Les disciples du Christ et des apôtres n’avaient, à l’origine, rien de ce qui constitue une secte religieuse ou philosophique, ni un nom particulier, ni un corps de dogmes bien définis et formant un système. Îls vivaient dans les synagogues et observaient toutes les pratiques de la loi de Moïse. Comment donc à Rome eussent-ils été au premier jour distingués des Juifs? Quelles divinités nouvelles pouvait-on les accuser d'introduire, et quelles nouvelles cérémonies? A Jérusalem même, pendant que saint Paul visitait l’Asie, la Grèce et la Macédoine, se séparant de plus en plus des Juifs, saint Jacques et ses disciples, plus pacifiques dans leur zèle, moins hostiles aussi aux vieilles tendances juives, demeursient en bonne intelligence avec le Sanhédrin.

Un peu plus tard, des dissensions éclatérent au sein de la colonie juive de Rome. Suétone rapporte que Claude, par un édit, expulsa de Rome les Juifs sans cesse en révolte à l’instigation de Chrestus (1).

Qu'est-ce que ce Chrestus dont parle Suétone ? Était-ce un affranchi converti au judaïsme ? Plusieurs inscriptions, rapportées par Gruter et recueillies par Van Dale (De stat. Simoni mago erecta, p. 604), nous apprennent que ce nom de Chrestus n’était pas très-rare à Rome. S'agit-il du Christ, dont le nom, longtemps encore après cette époque, fut mal connu et défiguré? Cela est possible, quoi qu’en

(1) « Judæus impulsore Chzesto assiduè tumultuantes Roma expulit. » (SUÉT., Claud., xxv.)

CH. Ier. — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. XXV

dise Neander (4). Depuis la mort de saint Étienne, les disciples de Jésus s’étaient répandus de tous côtés hors de la Palestine. Il y aurait lieu de s’étonner qu’il n’en fût venu aucun jusqu’à Rome. On peut donc conjecturer que la doctrine nouvelle commençait alors à agiter et à diviser les Juifs résidant à Rome.

D'où venaient ces dissentiments tumultueux ? Quelques Juifs convertis avaient-ils commencé à se rapprocher des étrangers? cherchaient-ils à faire des prosélytes parmi eux? Quelques auditeurs de saint Paul ou de saint Barnabé, venus à Rome, avaient-ils apporté parmi les Juifs ces germes de discorde que l’apôtre des Gentils semait partout sur sa route? Il est permis de le conjecturer. Car, évidemment, il ne peut être question d’un de ces soulèvements contre la puissance romaine, si fréquents en Judée, où vivaient, avec les souvenirs d’une liberté passée, l’espérance d’une délivrance prochaine. Une pareille insurrection à Rome eût été sans objet et sans but.

Tacite fait probablement allusion à l’édit de Claude, quand, à propos des rigueurs de Néron à l’égard des chrétiens, il rapporte que « celte exécrable superstiion avait

été déjà réprimée (2). » Cet édit de Claude fut une me- :: sure de police municipale, si je puis dire, et rien de plus. :

Le gouvernement ne se faisait nul scrupule de frapper des esclaves, des affranchis, des artisans, des hommes (1) NEAXDER, ouvrag. cité, p. 167.

(2) « Repressa in præsens exitiabilis superstitio rursus erumpebat. » (TaciT., Annal., XV, #4.)

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