‹ Saint Justin, philosophe et martyrChapitre 15 sur 96 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

que la nation repoussait avec mépris. Rebuté par les Juifs, saint Paul s’adressa aux païens (1) et sut gagner à la foi nouvelle quelques esclaves et quelques affranchis de la maison impériale. Ce sont là apparemment ces personnages de la maison de César dont l’apôtre fait mention dans son épitre aux Philippiens (2). |

L'histoire est muette sur l'instruction du procès de saint Paul au tribunal de l’empereur. Après avoir langui deux ans dans une prison ‘que le caprice de ses gardiens et les intrigues de ses ennemis rendirent parfois plus étroite, après avoir eu l’amertume de se voir abandonné de ses compagnons, il paraît avoir été renvoyé absous. Les juges impériaux décidèrent sans doute, comme Félix et Festus, que les griefs des Juifs contre saint Paul ne pouvaient tomber sous le coup de la loi (3).

La première persécution eut lieu très-peu de temps après l’acquittement de saint Paul, l’an 64. Il est difficile de soutenir que la même autorité qui renvoyait de prison le chef le plus ardent des chrétiens, quand un peuple entier

(1) « Notum ergo sit vobis (Judæis) quoniam gentibus missum est boc salutare Dei, et ipsi audient. » (Acé., xxviI1, 28.)

(2) Saint Paul cite parmi les nouveaux convertis un certain nombre de personnages dent les noms sont grecs. Il est très-probable qne ces noms désignent des sffranchis ou des esclaves. Voir les inscriptions où figurent en si grand nombre des noms grecs, quand il s’agit d'esclaves ou d'affranrhis. C’est s'abuser, à notre avis, que de prendre ces persounages pour des étrangers de Grèce ou d'Orient.

(3) « Qui cum interrogationem de me habuissent, voluerunt me dimittere, eo quod nulla esset mortis causa in ane. » (Act, XXVIH, 18.)

CH. ler. — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. XXXII

réclamait depuis quatre ans son supplice, eut, quelques mois plus tard, sévi légalement contre ses disciples. Aussi n’hésitons-nous pas à déclarer que la persécution de Néron n’a pas à nos yeux un caractère religieux ou politique. .

Sous le règne d’Auguste, la colonie juive établie à Rome dépassait à peine le chiffre de huit mille âmes (1). Les chrétiens, dont l’existence n’était pas légalement reconnue, étaient sans aucun doute beaucoup moins nombreux. Quand Tacite parle d’une immense multitude (ingens multitudo, Ann., xv, 44), il songe évidemment à la barbarie de ces exécutions générales qui frappaient quelques milliers d'individus à la fois. Néron, en sévissant contre les chrétiens, ne fit pas œuvre de défenseur des dieux et de la Constitution de l’empire. Qui pouvait penser alors à faire aux chrétiens l'honneur de les considérer comme des ennemis publics, comme des conspirateurs à redouter ? Qui songeait à voir dans leur doctrine une attaque sérieuse contre Îles lois, les coutumes et la civilisation paiennes ? Parmi les chrétiens mêmes, y en avait-il qui vissent les choses de si loin, et eussent de semblables pressentiments ? La persécution de Néron fut une extermination brutale et sauvage, sans caractère légal et sans forme de procès, d’une troupe d'hommes sortis des couches inférieures de la société, déserteurs de la religion de

(1) Josèpue, Antig. fudaïq., xvu, 12.

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