‹ Saint Justin, philosophe et martyrChapitre 17 sur 96 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

inouis, épargnés aux esclaves mêmes, furent infligés à ces hommes, convaincus, dit Tacite, sinon d'avoir incendié Rome, au moins de hair le genre humain (1).

Cette persécution fut-elle un accident du règne de Néron ? Fut-elle particulière et Jocale, et n’eut-elle d’autre théâtre que Rome ? Il est permis de le croire, malgré le témoignage de Sulpice Sevère (2) et d'Orose (3), qui racontent qu'elle fut générale, et que des édits l’étendirent aux autres provinces de l’empire. Néron ne mettait pas une telle suite dans ses desseins. Le christianisme était trop ignoré, trop chétif et trop peu redouté pour provoquer la rigueur des édits impériaux. L'intérêt public, la raison d'État ne pouvaient alors autoriser cette proscription. La première persécution ne fut rien autre chose qu’un accès de cruauté de Néron. L’incendie de Rome et les calomnies de la foule, naturellement portée à attribuer les désastres publics à ceux qui n’ont qu’à gagner au désordre et au bouleversement, furent l’occasion et le prétexte de ces violences. Tacite n'entend pas autre chose, sans doute, par le mot d’utilitas publica, qu’il prononce

(1) « Haud perinde in crimine incendii quam odio humani generis convicti sunt. » (4nn., XV, #4.)

(2) « Hoc initio in christianos sævire cœptum. Post etiam datis legibus religio vetabatur, palamque ediclis proposilis christianum esse non licebat. » (Sulp. SÉV., Sac. hisl., 11.)

(3) « Primus (Nero) Romæ christianos supyliciis ac mortibus affecit, ac per omnes provincias pari perseculione excruciari émperavil, ipsumque nomen exslirpare conalus. » (Paul OROSE, Adv. Pag. hist, VII, 7e)

CH. Ier. — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. XXXVIH

dans cette circonstance (1). L'intérêt de l’ordre public, dans ces temps où la vie humaine passait pour chose vile, pouvait expliquer qu’on nettoyât Rome d’une troupe de gens déclassés et sans aveu, comme on pensait. A Antioche, à Athènes, pouvait-on frapper les chrétiens comme incendiaires? Pourquoi les eût-on condamnés comme chrétiens, quand à Rome même, moins d’une année auparavant, le tribunal impérial n’admettait pas une semblable accusation contre saint Paul; quand Lysias, “Felix et Festus, représentants de la puissance romaine à Jérusalem et à Césarée, au centre même de l’agitation produite par le développement de la secte nouvelle, avaient refusé de condamner ce même apôtre et de s’associer aux ressentiments des Juifs? Si la profession de foi chrétienne n’était pas un crime en 63, pouvait-elle l'être en 647? Rien n’était changé, à moins qu’on ne soutienne, contre toute vraisemblance, "que dans l’espace de quelques mois, le nombre des chrétiens se füt accru au point d’inquiéter l'État.

On peut donc affirmer sans témérité que la première persécution, fut temporaire et locale. Bien plus, à notre avis, les violences exercées contre les chrétiens à Rome furent plutôt un de ces caprices de tyrannie et de folie sanguinairés dont ce règne est rempli, qu'un acte réfléchi d’intolérance religieuse.

(4) « Unde quanquam adversus sontes et novissima exempla meri-

tos, miseratio oriebatur, (anquam non ulilitate publica sed in sævitiam unius absumerentur. » (4nnal., xv, 44.)

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