XXX VIII INTRODUCTION
La deuxième persécution cst rapportée à Domitien. Elle eut lieu l’avant-dernière année de son règne (95). L’intervalle qui s’étend de la première perséculion à la seconde ne fut pas cependant pour la primitive Église une période de paix et de repos. La persécution, la lutte, la controverse, c’est le principe de vie d’une religion naissante. Elles ne manquèrent pas à la religion nouvelle. Mais ces obstacles vinrent des Juifs. Ces débats et ces contro- __verses naquirent du développement naturel de la doctrine chrétienne et de son contact avec les doctrines voisines.
Ce sont les Juifs, en effet, qui, non contents de s’être acharnés contre saint Paul, se tournèrent encore contre saint Jacques, le chef pacifique et respecté de l’Église de Jérusalem. On ne pouvait accuser saint Jacques d’avoir rompu avec la loi ancienne ou d’avoir nulle part enseigné le dédain des rites judaïques ; mais il avait paru pactiser avec saint Paul; il l’avait accueilli fraternellement à son dernier retour à Jérusalem, il'h’avait pas fait cause commune avec ses accusateurs; mais, tout en conservant les pratiques de la loi de Moïse, il préchait le salut par Jésus- Christ crucifié. S'il faut ajouter foi au témoignage d’Hégésippe, cité par Eusèbe, les Juifs voulurent contraindre saint Jacques à abjurer sa croyance au Christ : « Persuade « à la foule, lui dirent-ils, de ne pas s’abuser au sujet de - « ce Jésus. » Et comme saint Jacques, loin d’obéir, confessait hautement sa croyance et annonçait que Jésus
CH. Ier. — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. XXXIX
apparaîtrait bientôt sur les nuées, ils se jetèrent sur lui et le lapidèrent (1).
Le patriotisme, fortement exalté à cette époque dans toute la nation, ne contribuait pas peu à ramener les âmes les plus tièdes vers les anciennes traditions qui faisaient corps avec la nationalité juive, et à aigrir les esprits les plus modérés contre tout ce qui avait l’apparence d’une réforme ou d'un schisme. En même temps, en Crète, à Colosses et à Éphèse, les dangereuses nouveautés que Simon le Magicien avait tenté de méler aux idées chrétiennes, apparaissaient de nouveau et faisaient invasion dans l’Église, corrompant à la fois la doctrine et la vie chrétiennes. La guerre contre les Juifs et la destrution du temple de Jérusalem envenimèrent encore la haine qui séparait les Juifs des chrétiens. Ces derniers virent dans cette grande catastrophe, prédite par leur maître, l’effet des vengeances divines et l’abrogation définitive de l’ancienne alliance. Les Juifs, debout et indomptés au milieu
(1) Eusère, Hist. eccl., 11, 23.
D’après Josèphe, saint Jacques fut accusé et condamné pour avoir enfreint la loi. « Le grand sacrificateur Ananus, de la secle des Sadducéens, profita de la mort du gouverneur romain Festus, pour assembler un conseil devant lequel il fit venir Jacques, frère de Jésus, ct quelques autres, les accusa d’avoir contrevenu à la loi et les fit condamner à être lapidés. Cette actiou fut universcllement blâmée à Jérusalem par tous ceux qui avaient de la piété et un véritable amour pour l'observation de nos lois. » (Antiq. jud., xx, 9.) Ce témoignage, pour le dire en passant, prouve encore que saint Jacques était resté scrupuleusement fidèle à la loi rituelle des Juifs. Un Juif zélé eût-il sans cela loué sa piété ?