‹ Saint Justin, philosophe et martyrChapitre 19 sur 96 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

des ruines de leur patrie et des cendres de leur sanctuaire, se rallièrent pour fulminer contre les chrétiens des malédictions et des anathèmes, et les poursuitirent, quand ils le purent, d’une manière encore plus efficace. A Smyrne et à Philadelphie, les clameurs des Juifs firent mettre quelques chrétiens en prison (1). D’autre part, l'autorité impériale dut plus d’une fois, dans ses rigueurs, les confondre avec leurs ennemis, et châtier sur éux l’intraitable insubordination du peuple juif. Cependant, Vespasien, arrivé à l’empire par l’influence de l’Orient, se . garda bien d’inquiéter une religion fille de l’Orient, et Titus suivit l'exemple de son père.

L'année 95, la persécution se réveilla, et avec une grande violence, s’il faut en croire les historiens de l’Église. Nous ne savons ni la cause ni le prétexte de cette persécution. Tacite nous manque absolument sur le règne de Domitien. Suétone, si curieux, comme on sait, des plus minces détails, ne fait mention d’aucun édit ni d’aucun acte contre les chrétiens dans la vie du successeur de Titus. Le seul témoignage de l’antiquité profane qu’on puisse recueillir à ce sujet se trouve dans Xiphilin, l’abréviateur de Dion Cassius. « Cette même année, dit-il (l’an 95), Domitien « fit mettre à mort, parmi beaucoup d’autres, le consul « Flavius Clémens, qui lui était doublement lié par le sang,

« étant son propre cousin et le mari de Flavia Domitilla, sa parente. Tous deux furent accusés d’athéisme. La

({) Apocalypse, 11, 9, 10; ur, 9.

CH. ler, — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. XLI

même accusation fit condamner beaucoup d’autres per-

sonnes qui s'étaient laissées entrainer dans les pra-

tiques judaïques. Les unes furent tuées; les autres

eurent leurs biens confisqués. Pour Domitilla, on se

contenta de l’èxiler à Pandatérie (1). »

Les écrivains ecclésiastiques sont plus explicites. Méliton de Sardes, Tertullien, Eusèbe, Lactance, Sulpice Sévère et tous les autres comptent Domitien au nombre des persécuteurs décidés de l’Église. Orose rapporte que ce prince entreprit, par de cruels édits partout publiés, d’anéantir l’Église du Christ.

(1) Kai To œùrTa ére GAlouç Te molog xai Tov &)xBrov Kimpsvræ ürarrbovra, xaimep vero OvTa, xal puvaixa ai adTiv ovyyevñ ÉcuToÙ ddaBiav Aoeridav yovra xarécpabev 0 Aopureavos. Ernvéyôn Ôë aupoiv Epanua &OséTrTos" Üp'ne xai Œor éç Ta Tüv Ioudaiuv 10n éEoxéA}ovres rodoi xeredxéobnçav. Kai oi uév ämélavov, oi Ôë Tüv yoùv oùTuüv érmphônoav. H Ôë Aouria Ürepmpinim poôvoy els Tlavôarépeia. (Dion Domir., sub fin.)

Suétone rapporte aussi la condamnation du consul Flav. Clémens ; mais il ne s’explique pas sur la nature de l'accusation à laquelle il succomba. Voici ce passage : « Denique Flavium Clementem patruelem sauum, conlemplissimæ tnerliæ.... ex tenuissima suspicione inleremit. » Cette expression de contemplissimæ inerliæ, que Suétone applique à Filav. Clémens, exprime peut-être cette vie méditative, isolée en ellemême, qui convenait si bien aux chrétiens.

« Infructudsi in negotiis dicimur, » dit Tertullien ; et encore le même : « Nec ulla magis res aliena quam publica. » (4p., 38, 43.)

Un autre passage de Suétone (Dom., x11) s2 rapporte peut-être aux chrétiens; mais on en tirerait difficilement la preuve d'une persécution : « L’impôt qui pesait sur les Juifs {deux drachmes par tête, pour avoir le libre exercice de leur religion) fut perçu avec plus de rigueur que les autres. On y soumettait aussi ceux qui suivaient la loi judaïque à Rome sans en avoir fait la déclaration, ou qui, dissimnlant leur origine, n’avaient poiut payé les tributs imposés à cette nation. »

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