‹ Saint Justin, philosophe et martyrChapitre 20 sur 96 · XLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLII INTRODUCTION

Il est difficile de juger la persécution de Domitien en l'absence de documents contemporains ; et, d'autre part, il parait impossible d’aller à l'encontre d’une tradition unanime, et de nier cette persécution. Si le consul Flavius Clémens, Domitilla et beaucoup d’autres du re moddoi tués, exilés, dépouillés de leurs biens pour crime d’athéisme, étaient chrétiens, et cela est très-vraisemblable, car, longtemps encore, dans l'opinion publique, les chrétiens furent confondus avec les Juifs et accusés d’athéisme, il en résulte que le christianisme commençait à monter les degrés de l’échelle sociale, et en même temps à susciter les défiances et les soupçons de l'autorité impériale. Flavius Clémens et ses compagnons, condamnés comme impies, Juifs et athées, périrent, à ce qu’il semble, victimes de l'intolérance religieuse. Le paganisme, qui a montré jusque là pour la doctrine chrétienne une méprisante indifférence, commence dès lors à prendre l'offensive et inaugure contre elle cette longue guerre qui ne finira qu'avec Théodose. Domitien, tout en usurpant le titre de dieu et Seigneur, se piquait de faire respecter les lois et les dieux de l’empire. Quelques années auparavant, il avait fait condamner plusieurs vestales pour violation de leur vœu, et renverser comme sacrilége un monument qu’un de ses affranchis avait élevé à son fils avec des pierres destinées au temple de Jupiter Capitolin (1).

(1) SUÉTONE, Vie de Domilien, vit: « Ne qua religio Deûm contaminaretur. »

CH. Ier. — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. XLIII

C’est un honneur, sans doute, pour le christianisme naissant d’avoir eu pour ennemis deux princes qui faisaient mourir en même temps les Thraséas, les Sénèque, les Helvidius Priscus, condamnaient tout ce qu’il ya de noble, proscrivaient les arts libéraux, punissaient de mort l'éloge des grands hommes (1), expulsaient les philosophes pour ne rencontrer nulle part, dit Tacite, l’image de la vertu (2). Mais 1l ne semble pas, pous l’avons dit, que Néron ait songé à éteindre dans le sang et les supplices une secte naïissante. Il a frappé en masse, à l’aveugle, des individus plutôt qu’une doctrine. Quant à Domitien, s’il se souvint un jour qu'il était souverain pontife, et comme tel, gardien et défenseur des institutions religieuses de l’empire, on ne saurait guère lui prêter, dans ses rigueurs contre les chrétiens, des pressentiments qu'il n’eut jamais. On ne peut pas même affirmer précisément que sous ce règne la persécution ait été générale, rédigée sous forme d’édit, et promulguée dans toutes les provinces de l'empire. Cependant, après le règne pacifique de Nerva, qui prit à cœur de réparer tous les désordres et toutes les injustices de son prédécesseur, au commencement du principat de Trajan, la fameuse lettre de Pline le Jeune à l’empereur nous apprend très-clairement qu’en fait, les

(1) « Legimus quum Aruleno Rustico Pætus Thrasea, Herennio Senecioni, Priscus Helvidius laudati essent capitale fuisse. » (TACITE, Vie d’Agricola, ch. 3; SUÉT., Domil., x.)

(2) « Omni bona arte in exilium acta, ne quid usquam honestum occurreret. » (TACITE, Vfe d’Agricola, ch. 3.)

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