XLVI INTRODUCTION
4° Défense des sociétés et réunions secrètes ;
29 Ordre de conduire au supplice le chrétien accusé et convaincu par des témoignages sérieux et par sa propre déclaration, d’être chrétien.
Agir ainsi, n’élait-ce pas orgauiser la persécution et en régler la procédure? Une grande latitude était encore laissée à l'arbitraire des juges. « Il n’est pas possible, dit « Trajan à Pline, d'établir dans ces sortes d’affaires une « forme certaine et générale (1). »
Dès l’époque de Trajan, le fait de professer le christianisme est donc considéré comme un crime d’État et légalement puni. Les magistrats sont armés contre le christianisme. Jusqu'à quel point et dans quelle mesure se servirent-ils de leurs armes? S’abstinrent-ils en effet de recherches et de perquisitions, comme l’empereur le conseillait? C’est une question qu’on ne saurait résoudre faute de documents certains et authentiques. La critique a fait depuis longtemps justice des exagérations évidentes des martyrologes dressés après coup. L’histoire des onze mille soldats exilés par Trajan à Mélitène, en Arménie, pour avoir refusé de sacrifier, est une fable. La critique douce et modérée de Tillemont laisse bien des doutes sur
sunt ; ita tamen ut qui negaverit se christianum esse, idque rcipsa manifestum fecerit, id est supplicandu diis uostris... veniam ex peuitentia impetret. Sine auctore vero propositi lib-lli, nullo crimine locum habere dubent. Nam ct pessini exempli, nec nostri seculi est. » (Traj. à Pline, x, 98.)
(1) « Neque enim in uuiversum aliquii Quod quasi certam formam habeat, coustitui potest. » (PLINE LE JEUNE, X, 98.)
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l'authenticité des actes de plusieurs autres martyrs admis peut-être un peu légèrement par les Bollandistes, et rapportés à cette époque. Il n’est pas douteux cependant que le sang des chrétiens ait coulé en Orient et en Occident pendant le règne de Trajan. Eusèbe rapporte que dans un grand nombre de villes la populace se souleva coritre les chrétiens, et que ces émeutes suscitèrent des violences et des condamnations. Il ajoute que le nombre de ceux qu’il fallait frapper émut Pline le Jeune, et provoqua l’appel qu’il adressa à l’empereur. Dans cette pièce, Pline lui-même déclare qu'il a fait conduire au supplice ceux qui, interpellés deux et trois fois, ont persisté à déclarer qu’ils étaient chrétiens (4). Là où le sentiment populaire ne se déchainait pas contre les chrétiens, il est vraisemblable qu’ils étaient tolérés ou traités avec plus de douceur. Au reste, nous n'avons pas à compter ni à nommer les martyrs ; nous voulons seulement caractériser la politique de Trajan en face de la religion nouvelle. Elle ne fut pas gratuitement cruelle, ni violemment agressive; elle fut légalement hostile.
On en peut dire autant de la politique d’Adrien. Ni Méliton de Sardes, ni Tertullien, ni Eusèbe, ne rangent cet empereur au nombre des persécuteurs de l’Église. Cela veut dire qu’Adrien suivit en général à leur égard les
(1) « Interrogavi ipsos an essent cbristiani: Confitentes iterum àc tertio iuterrogavi, supplicium miuatus : perseverantes duci jussi. » (PLINE LE JEUNE, X, 97.)
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maximes de modération et d'humanité que son prédécesseur avait pratiquées et recommandées. Mais sous Adrien, comme sous Trajan, la profession de christianisme fut un crime d’État, et les chrétiens purent être et furent souvent légalement condamnés et punis de mort. Cependant, bien que durant un règne de plus de vingt ans, qui ne fut qu’un long voyage à travers toutes les provinces de l'empire, Adrien prit soin de réparer partout sur son passage les temples des dieux et d’en élever de nouveaux, la largeur naturelle de son esprit, et si je puis dire, sa curiosité en matière de doctrines religieuses, purent le disposer personnellement à considérer le christianisme avec un certain intérêt. En édifiant et en consacrant des temples, Adrien faisait plutôt œuvre d'artiste qu’acte de piété. En outre, l’auteur de l'Édit perpétuel n’était nullement l'ennemi des nouveautés, ni servilement attaché à toutes les lois et à toutes les traditions anciennes. Il était passionné pour tous les mystères, curieux de magie et d’astrologie. Dans un voyage à Athènes, il se fit, dit-on, initier aux mystères d’Eleusis. Quelques années plus tard, à Alexandrie, où toutes les sciences et toutes les pratiques religieuses vivaient pêle-méle, il vit des chrétiens, et dans la lettre où il peint si vivement le caractère des Alexandrins, il nomme à la fois, et, à ce qu’il semble, avec une indifférence égale, les sectateurs de Sérapis et ceux du … Christ. À ses yeux sans doute, le christianisme était une de ces formes passagères et innocentes de la superstition,
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qui tombent d’elles-mêmes quand elles ont fait leur temps, . et que le prestige de la nouveauté s’est évanoui. Néan- . moins, quels que fussent les sentiments particuliers du prince touchant le christianisme, l’inflexible inimitié des Juifs continuait à poursuivre partout les chrétiens; la populace païienne, abusée par d’aveugles préjugés, rugissait contre eux dans les cirques, et les magistrats, usant des prescriptions de la loi, se complaisaient à chercher, en les livrant au supplice, une facile popularité.
Ce qui permet de supposer que les chrétiens furent persécutés sous Adrien, ce sont les deux Apologies qui furent présentées à ce prince, la première par Quadratus, vers 195 ; la seconde par Aristide, philosophe chrétien d'Athènes, peu de temps après. Ces deux ouvrages, qui subsistaient encore du temps d'Eusèbe 4), sont perdus aujourd’hui. Les philosophes païens n'avaient pas encore pris la plume. Le Discours véritable de Celse, le premier écrit polémique contre le christianisme, ne parut guère qu’au commencement du règne de Commode. Tertullien et Eusèbe accordent les plus grands éloges aux écrits apologétiques de Quadratus et, d’Aristide. S’il est téméraire d'affirmer que l’empereur fit complètement droit aux vérités contenues dans ces suppliques, on peut croire cependant que la persécution fut adoucie. L'empereur recevait en même temps des lettres consultatives au sujet des chrétiens. Sérenus Granianus, proconsul d'Asie, repré-
(1) Euskse, Hist. ecclés., 1V, 5.