LIL INTRODUCTION
les proscrivaient, ils essayèrent d’en adoucir la rigueur. C’est aussi que Tertullien ne veut trouver que des mauvais princes parmi les persécuteurs, et ne peut accorder que des empereurs qui ont connu et respecté le droit divin et humain aient pu condamner le christianisme. Cependant, il est incontestable, la lettre de Pline en fait foi, qu'il y eut des martyrs sous Trajan.
Le rescrit d’Adrien n’est pas plus un édit de tolérance que celui de Trajan. Ce qui le prouve encore, c’est que l’Apologie d’Aristide, philosophe et chrétien, est postérieure à celle de Quadratus et à la lettre de l’empereur à Minucius Fundanus. On n’a pas à se défendre quand on n’est pas altaqué.
Il est facile à présent de répondre à cette question : Quelle fut, jusqu’à l’avènement d’Antonin le Pieux, la situation des chrétiens dans l’empire ? Quelle fut, à l’égard de la secte nouvelle, la politique impériale ?
La société chrétienne naquit en Palestine, y trouva ses premiers ennemis et ses premiers partisans. N’ayant pu s'assimiler la nation juive, et obéissant aux instructions de son fondateur et à la loi naturelle de son développement, elle ouvrit son sein aux païens et rompit avec les traditions étroites du mosaisme. Les Juifs essayèrent de l’étouffer, tantôt en provoquant le fanatisme aveugle des populations, lantôt en éveillant les défiances et en excitant les soupçons de l'autorité. Les gouverneurs romains, sur-
pris d’abord par cette tactique perfide, virent bientôt que
CH. ler. — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. LIL
ces accusations ne cachaient qu’un dissentiment dans des questions religieuses et fermèrent les veux. Gallion, Lysias, Félix, Festus, Néron lui-même, refusèrent de s’associer aux colères des Juifs. Saint Paul, après une procédure interminable, sortit de prison.
Si Claude chassa les chrétiens de Rome, c’est qu’ils troublaient l’ordre et la paix publique par leurs tumultueux débats avec les Juifs. Si Néron, après l'incendie de Rome, les livra à des supplices inouïs, ce fut, soit pour se décharger sur des hommes universellement méprisés d’une accusation flétrissante qui pesait sur lui et donner une pâture à la rage de la populace, soit par un caprice de folie sanguinaire où la politique n’avait point de part, soit pour purger de l’écume de sa population la ville de Rome, qu’il prétendait rebâtir sur un nouveau plan.
Sous Domitien seulement, la persécution religieuse commence. L’athéisme, la participation aux rites judaïques paraissent avoir été les seuls griefs allégués contre Flavius Clémens, Domitilla et plusieurs autres condamnés à mort ou à l’exil. Alors, quoique Domitien semble avoir frappé des chrétiens plutôt que le christianisme pris en lui-même, on peut dire que la persécution commença, surtout dans les provinces, à prendre Je caractère d’une interdiction légale du culte et des réunions des chrétiens.
Trajan organise et réglemente cette interdiction. Il rappelle et remet en vigueur les anciennes lois contre les