‹ Saint Justin, philosophe et martyrChapitre 32 sur 96 · LXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXIV INTRODUCTION

l'indulgence envers les hommes (1). Il y a dans la doctrine d’Épictète un sentiment du divin plus vif que chez les premiers stoiciens. Cette tendance religieuse est encore plus marquée dans Marc-Aurèle, et touche chez lui à l’ascétisme. Les pensées de l’empereur philosophe respirent un singulier dégoût de la science et du morde, et

+" une mélancolie assez analogue à celle qui, dans nos jours

de rêverie et de satiété sceptiques, saisit plus d’un esprit élevé. On y sent une âme fatiguée et rassasiée de tout, qui aime à se retirer en elle-même pour y goûter le repos. On y entend comme un écho de cette sagesse amère et désabusée qui remplit le livre de l’Ecclésiaste.

Chez les platoniciens, l’impuissance de la raison et de la volonté humaines, pour éclairer et gouverner la vie, est bien plus sensible. Selon Maxime de Tyr et Plutarque, l’homme ne peut se passer du secours de Dieu

pour s'élever à la contemplation et jouir du commerce des

choses célestes. 11 a besoin de ce même secours pour aider la faiblesse de sa volonté, et pour se défendre contre la fortune qui traverse ses desseins et contrarie ses efforts. Dieu est au-dessus de l’horizon où se meut l'intelligence humaine. Ïl n’y a pas de méthode scientifique et régulière qui puisse nous conduire jusqu’à l’essence divme. Les misères du corps et de la vie terrestre sont un invincible obstacle à l'intuition de Dieu ; pour mon-

(1) ÉPICTÈTE, Manuel, 13, 22, el passim.

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