‹ Saint Justin, philosophe et martyrChapitre 36 sur 96 · CH. II. — ÉTAT MORAL DE L'EMPIRE. LXIX · texte numérisé non relu

CH. II. — ÉTAT MORAL DE L'EMPIRE. LXIX

saient leur vie sur les places publiques ou dans les amphithéâtres, pendant que les champs, dépeuplés, transformés en vastes jardins de luxe ou livrés aux bras serviles, ne suffisaient plus à faire vivre l'Italie. |

Cependant, si, depuis la chute de la République, toute individualité s'était amoindrie, si toutes les fortes institutions qui avaient soutenu la société romaine tendaient à se dissoudre, il faut le reconnaître, en s’amollissant, les mœurs publiques s'étaient singulièrement adoucies. La philosophie et le travail latent de la civilisation avaient jeté dans les âmes des semences qui avaient germé et s'étaient développées peu à peu. Les lois, qui doivent suivre le mouvement des mœurs et en être l’exacte expression, étaient sur plusieurs points plus rudes et plus barbares que les mœurs.

Il semble que ce soit tomber dans un étrange paradoxe que de parler de l'humanité et de la douceur d’un peuple dont le plus grand divertissement était de voir des hommes s’entretuer dans les cirques. Cependant, ce même peuple poursuivait à coups de poinçon dans le forum un chevalier romain qui, usant du droit exorbitant que lui donnait une législation non encore abrogée, avait fait mourir son fils sous le fouet (1). Ce même

duabus præcipue rebus, annona et spectaculis teneri. » (Lettres de Marc-Aurèle et de Fronton, édit. Cassan, t. Il, p. 356.)

(1) « Erixonem equitem Romanum, memoria nostra, quia filium suum flagellis occiderat, populus in foro graphiis confodit. Vix illum Augusti

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