‹ Saint Justin, philosophe et martyrChapitre 56 sur 96 · CHAPITRE fl · texte numérisé non relu

CHAPITRE fl

Question de la nature de Dieu. — Trinité dans saint Justin. ” — Trinité dans Platon.

Attributs de la nature de Dieu; les mêmes dans saint Justin et dans Platon. — Ineffabilité. — Incompréhensibilité. — Au-dessus de l'essence. — Théorie de la nature divine de saint Justin. — Saint Justin s'explique avec la plus grande netteté sur Dieu el le Verbe. — Caractères de Dieu et caractères du Verbe. — Ils sont distincts numériquement. — Enseignement vague-et indécis sur l'Esprit pr'ophétique ou Esprit-Saint. — Que faut-il penser de cette assertion de saint Justin que Platon a connu la doctrine de la Trinité ? — La Trinité platonicienne, telle qu'une saine critique peut l'entendre, n'a nulle analogie avec la Trinité chrétienne.

Il n’est pas besoin de subtiliser ni de tourmenter les textes pour se convaincre que la théologie de saint Justin est tout imprégnée de platonisme.

Sur la question de l’origine et de la formation du monde, saint Justin professe la même doctrine que Platon : luimême l’avoue clairement, et ne l’eût-il pas fait, la manière dont il s’exprime ne laisserait aucune place au doute. C’est un point que nous croyons avoir suffisamment éclairci.

En est-il de même de la question de la nature de Dieu ?

L'auteur du Aëyos raparsrexôs accuse Platon d’avoir puisé dans les livres de Moïse la définition qu’il donne de Dieu lorsque, dans £on Timée, il sépare si profondément l'être

-qui est et l’être qui devient et change sans cesse. Sans doute ce passage rappelle la grande parole de Moïse : Je suis celui qui est, mais il y a analogie et non copie, et Plutarque reste fidèle à la pensée de Platon et parle en vrai

platonicien quand il appelle Dieu « celui qui est. » (De Iside et Osiride.) |

Le "dogme de l’ineffabilité et de l’incompréhensibilité divine est tout platonicien (4). Quand saint Justin dit que Dieu est au-dessus de toute essence, n'est-il pas vrai qu'il reproduit une pensée et une expression de Platon (2)? Saint Justin enseigne que Dieu ne se révèle que par la grâce du Saint-Esprit (3). Ne semble-t-il pas que Platon entende la même chose quand il déclare « que ce qui ré- « pand sur les objets de la connaissance la lumière de la « vérité, ce qui donne à l'âme qui connaît la faculté « de connaître, c’est l’idée du bien, c’est-à-dire Diev « même; » et qu’il veut qu’on considère celte idée comme ie principe de la science et de la vérité en tant qu’elles tombent sous la connaissance (4). Platon n’est pas moins explicite dans cet autre passage : « Aux dernières limites « du monde intellectuel, est l’idée du bien qu’on aper- « çoit avec peine, mais qu'on ne peut apercevoir sans « conclure qu’elle est la cause de tout ce qu’il y a de beau « et de bon; que dans le monde visible elle prodait la « lumière et l’astre de qui elle vient directement; que dans « le monde invisible, c’est elle qui produit directement « la vérité et l’intelligence; qu’il faut enfin avoir les yeux « sur celte idée pour se conduire avec sagesse dans la « vie privée ou publique (5). » Ainsi, connaître Dieu,

(1) « Hæc sententia ex qua Deus ävovuuos vel àavevouæotos dicitur era Platouica est, » dit M. Otto. (De Just. script. et doct., p. 128.)

(2) OÙx oùaiag ovrog roù &ya0ou a] Etre énéxecva Thç oUGiag. (PLATON, Rép., VI, Biblioth. grecq. de Firm. Didot, p. 122.)

(4) Republ., VI, éd. Didot. p. 122.

(5) PLATON, Républ., VII, trad. Cousin, p. 70.

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