CH. IT. — QUESTION DE LA NATURE DE DIEU
c’est en quelque sorte participer de son essence, c’est être éclairé de sa lumière. C’est en ce sens que Platon dit dans son Timée que Dieu seul, et les hommes qui sont amis de Dieu, connaissent les principes des choses (1). C’est en ce sens encore que dans le Ménon (2), dans le Phèdre (3) et dans l’Jon (4), Platon parle de cette inspiration divine qui descend sur les hommes pieux, de ce délire sacré que Dieu envoie aux devins, de cet enthousiasme par lequel le poète et l'homme éloquent sont les organes et les interprètes de Dieu. Recevoir dans son âme le souflle de FEsprit-Saint, comme parlent les chrétiens, n'est-ce pas, comme s'exprime Platon, étre vraiment possédé de Dieu ? On ne saurait guère marquer d'un mot plus heureux et : plus fort (5) l’action vivifiante de Dieu sur l’âme et l’esprit de l’homme.
Les platoniciens Plutarque et Maxime de Tyr, contemporains de saint Justin, et qu’il a peut-être connus (6), ‘pensent de la même manière. Tous deux regardent Dieu comme le soutien indispensable de la pensée et de la volonté humaines.
Nous avons ailleurs considéré le Verbe en lui-même et dans ses rapports avec Dieu et avec le monde. Dieu le père et le Verbe divin épuisent-ils la nature divine dans la
(1) PLATON, Timée, éd. Didot, p. 230.
(2) PLATON, Ménon, trad. Cousin, t. VI, p. 229 et suiv.
(S) PLATON, Phéèdre, trad. Cousin, p. 43 et suiv.
(41 PLATON, Jon, trad. Cousin, t. IV, p. 249 et suiv. .
(5) Océx moïpa rai xaraxwyn. (Ion, éd. Didot, p. 593.)
(6) A propos du platonicien, alors en vogue, que saint Justin alla trouver, nous dit-il, après avoir été rchuté par les pythagoriciens, le critique Pearson fait cette remarque: « Quel était ce philosophe platonicien ? N’était-ce pas Maxime de Tyr ? » (Dial. avec Tryph., éd. Otto, p. 9, n. 2.)
théologie de saint Justin ? Ne distingue-t-il pas le Saint- Esprit à côté du Père et du Fils? Qu'est-ce que le Saint- Esprit dans la doctrine de saint Justin? Le symbole de Nicéc enseigne, comme on sait, un Dieu unique en trois personnes, qui sont le Père, le Fils engendré du Père, et le Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils, tous trois coéternels, égaux et absolument consubstantiels.
Or, le dogme de la Trinité ainsi entendu est-il dans saint Justin ?
Voyons d’abord les textes.
Nous adorons, dit saint Justin, ce Dieu (le père de toutes choses) et le Fils qu'il a envoyé et qui nous a instruits, et l’armée des bons anges qui lui sont soumis, et l'Esprit prophétique (1).
Et ailleurs :
Nous adorons l'architecte de ce monde, nous confessons pour notre maître et mettons à la seconde place Jésus- Christ, fils de ce vrai Dieu, et après le Verbe, au troisième rang, l'Esprit prophétique (2).
Telle est la profession de foi de saint Justin. Tel est, sur le dogme de la Trinité, tout l’enseignement positif qu’il donne. Les trois personnes qui la composent sont seulement nommées dans cette profession de foi; mais il n’y a là nulle trace de distinction entre elles, et là ni ail-
(1) Exeevov te Oedv xxt Tov map' œdroû duov é]00vTa xat GuÈ4Eavra nus TAUTA, xat TOY Tv &AÂwv érouivoy xx Ébouorouuévors &yabav œyyËwY oTpatôv, nveua te T0 rpopnrexoy GG OX ai TPOTXUVOUUEY. (Apol. I, $ 6, p. 14, 16.)
(2) Tov Onpuoupyôoy Toùde To mavrès oe6omevor Toy GudxoxxÀIv TE Incoûv Xpuatov Viov œUToU ToÙ Ovres Geoû pabovrec xœi ëv Geutéoa Lopa ÉXONTES, MEduR TE FpOpNTUxdY Év Tpurn Thbee pate À0yoy TuduE. (4pol. I, $ 13, p. 34.)