‹ Saint Justin, philosophe et martyrChapitre 61 sur 96 · CH. II. — QUESTION DE LA NATURE DE DIEU · texte numérisé non relu

CH. II. — QUESTION DE LA NATURE DE DIEU

avec le Verbe divin de la doctrine chrétienne. Quant à ce troisième principe mystérieux qu’on trouve mentionné dans la lettre à Denys citée par saint Justin, on ne voit pas quel rapport il pourrait avoir avec l'Esprit de Dieu flottant sur les eaux dont parle Moïse, dans lequel il ne paraît pas très-facile déjà de reconnaître l'Esprit saint ou prophétique de saint Justin.

Saint Justin ne craint pas d’accumuler ici les conjectures et les affirmations arbitraires pour appuyer l’enseignement chrétien sur la doctrine de Platon.

En premier lieu, il attribue à Platon un principe qui ne fui appartient pas, puisque la lettre à Denys est apocryphe.

En second lieu, 1l affirme entre ces principes et quelques expressions fort vagues de la Genèse une analogie que rien ne parait justifier.

En troisième lieu, il prend pour établie l’identité de Pesprit de Dieu de Moïse et de l’Esprit saint de la théologie chrétienne.

Enfin, pour expliquer une analogie prétendue entre un passage très-ohscur faussement attribué à Platon el un passage de la Genèse gratuitement assimilé à un dogme chrétien, il affirme arbitrairement que Platon a lu Moïse, et que, dans cet océan Ge théologie, comme l'appelle pompeusement Théodoret (1), 1l a été puiser une théorie que le disciple de Socrate n’a jamais pensé à professer.

En réalité, la Trinité chrétienne, telle même qu’on la trouve ébauchée dans saint Justin, n’est pas dans Platon. Dieu le Père de saint Justin et des chrétiens est sans doute

(1) Moÿons 0 Tic Gsoloyias oxsavoc. (THÉODURET, Thérapeutique, Serm., 11, p. 494.)

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identique au premier Dieu du Timée; mais entre le Aëyos Geios de la métaphysique platonicienne (je ne dis pas le Dieu du monde du Timée) et le A’yx de saint Justin, l’analogie est obscure, tandis que les différences sont nombreuses et éclatantes. Enfin, si Platon.a parlé dans plusieurs dialogues d’une puissance divine qui pénètre les âmes, qui les élève au-dessus des choses sensibles, qui leur souflle l'enthousiasme du poète et le délire prophétique, il faut plus que de la bonne volonté pour identifier cet esprit inspirateur avec le Saint-Esprit de la doctrine chrétienne.

La seule et vraie Trinité platonicienne comprend la totalité des choses, le monde visible et le monde invisible. Ses éléments sont :

Dieu auteur et père du monde ;

Le monde lui-même, c’est-à-dire l’ensemble des choses nées et produites, que Platon appelle plusieurs fois le Fils, 6 roxos ;

La matière d’où Dieu a tiré le monde, et que Platon nomme la mère, la nourrice, le réceptacle de tout ce qui nait.

Or, il n’y a qu’une identité purement nominale entre cette Trinité qui embrasse Dicu, la matière et le monde organisé (1) et la Trinité chrétienne, qui n’est autre chose qu’un effort pour déterminer la nature divine.

(1) Plutarque n’entend pas autrement la trinité de Platon et personpitie les trois éléments qui la composent. Osiris est le premier principe ; Isis est la substance qui reçoit son action, et Horus l'effet cu le produit qui résulte de l'opération de l’un et de l’autre. Il remarque à ce propos que les Égyptiens comparaient la nature de l’univers à un triangle rectangle, et que Platon a aussi employé ceite comparaison, espèce de Symbole géométrique dans lequel le carré de l’hypoténuse, égal à la somme des carrés des deux autres côtés, représente le monde, qui est le produit de bieu et de la matière. (PLUT., De Iside et Osiride.)

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