‹ Saint Justin, philosophe et martyrChapitre 72 sur 96 · RAR RAR A · texte numérisé non relu

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(1) Durdv oùx Eyyuiov æh& oùpaveov. (Timée, éd. Didot, p. 247.)

Clément d’Alexandrie sc sert de la mème expression dans son Admonil. ad Grœc., p. 63. ‘

(2) PLATON, Theëlèle, trad. Cousin, tom. II, p. 433,

(3) PLATON, Républ., liv. vi.

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præceptum : Deum sequere (4). La meilleure manière, d’honorer la divinité, dit-il encore, c’est de l’imiter (2).

Nous sortons maintenant de ces généralités, pour de-

mander à saint Justin les prescriptions de la morale chrétienne :

« Celui qui aura regardé une femme avec un mauvais désir a déjà commis l’adultère dans son cœur (3).

« Celui qui épouse une femme répudiée par un autre est adultère (4).

« Si VOus aimez ceux qui vous aiment, que faites-vous de nouveau ? Les gens de mauvaise vie le font aussi; mais, moi, je vous dis : priez pour vos ennemis, aimez ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, el priez pour ceux qui vous persécutent (5).

« Si quelqu'un vous a frappé sur- la joue droite, présentez-lui encore l’autre. Et si quelqu'un veut vous enlever votre tunique ou votre manteau, laissez-le faire. Et si quelqu'un vous force à faire, pour l’aider, un mille avec lui, accompagnez-le encore pendant deux milles. Et celui qui se mettra en colère contre son prochain devra craindre le feu (6).

« Donnez à celui qui vous demande, et ne repoussez point celui qui veut emprunter de vous. Si vous ne prétez qu’à ceux de qui vous espérez recevoir la même grâce, que faites-vous de nouveau? Les publicains le

(4) De vita beat., xv. Et ailleurs, dans le même chapitre : « Deo parere

certa libertas est. »

(2) « Satis deus coluit, quisquis imitatus est. » (Ep. ad Lucil., xcv.) (3) S. MaATTH., v, 28.

(4) Id., v, fin du verset 32.

(3) S. Luc, 32 ; S. MATTH., V, 44.

(6) S. Luc, vi, 29; S. MaTTH., V, 22, 41, 16.

font aussi. Prenez garde à ne pas faire vos bonnes œuvres devant les hommes pour en être regardés ; autrement, vous n’en recevrez pas la récoinpense de votre Père qui est dans les cieux (1). à

« Soyez bienveillants et miséricordieux comme est

« bienveillant et miséricordieux votre Père qui fait lever « son soleil sur les pécheurs, les justes et les mé- « chants (2).

« Ne jurez jamais ! bornez-vous à dire : Oui et Non; tout ce qu’on ajoute est mauvais (3).

« Le plus grand commandement est celui-ci : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu lui rendras à lui

«a seul un culte de tout ton cœur et de toutes tes

forces (4).

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (5).

« Ne soyez pas inquiets de la nourriture et du vêtement. Ne valez-vous pas mieux que les oiseaux et les

« bêtes? Dieu les nourrit. Votre Père céleste connait vos

besoins (6).

« Ne vous faites point de trésors dans la terre, où la rouille et les vers les détruisent, et où les volears les déterrent; mais faites-vous des trésors dans le ciel, où ils ne craignent ni les vers ni la rouille (7).

(1) S. MaATTH., V, 42; S. Luc, vi, 30, 34.

(2) S. Luc, vi, 35; S. MATTH., v, 43.

(3) S. MATTH., v, 04, 57.

(4) S. MATTH., 1V, 10; S. Marc, xl, 30 ; S. Luc, x, 27. (5) S. Luc, xx, 22, 25.

(6) S. Ma1TH., vi, 25 ; S. Luc, xt, 22, 24.

(7) S. MaTTH., vi, 19.

Aucun des versets des évangélistes n’est cité littéraiement.

949 Ille PART. — CH. VIII. — MORALE CHRÉTIENNE.

Voila comme s'exprime la morale chrétienne, et les maximes dans lesquelles saint Justin la résume. La plupart, comme on peut le voir, sont tirées du Sermon de la montagne. La tendresse, l’humilité, l’abnégation en sont les traits principaux. Elle prescrit la pureté intérieure, l'amour des ennemis, le pardon des injures, l’aumône secrète, la bienfaisance envers ceux même qui nous font du mal. Elle invite l’homme à s’immoler pour ses semblables, età n’attacher son cœur qu'au ciel.

Il faut avouer tout d’abord que jamais les moralistes ‘ ancieus n’ont parlé des devoirs de l’homme avec une semblable autorné, et qu’il serait malaisé de trouver, dans l’autiquité profane, un pareil ensemble de prescriptions.

Ïl convient d’ajouter que ces prescriptions sont d’une précision, d’une hauteur et, en même temps, d’une pureté et d’une délicatesse iufinies, et qu’on ne voit pa qu'il soit possible de dépasser cet idéal. Pour entrevoir, chez les anciens, quelque chose qui en approche, non seulement il faut faire un choix, mais il faut encore se rapprocher des temps du christianisme, et interroger les écrivains qui ont vécu à l’époque de cette grande révolution morale et religieuse.

La chasteté, la pudeur, la continence, ne sont pas a surément les vertus les plus remarquables de la société paienne. Mais prétendre que leur nom même était inconnu et que les moralistes ne songèrent jamais à les recommander, est un parti pris d’aveuglement. Il est permis de croire que toutes les âmes n’étaient pas infettées de la corruption inouïe que Pétrone et Juvénal reprocheut à leur temps. Au reste, nous l’avons dit déjà, il ne faut pas juger des préceptes par les actes, ni de la mcrale par les mœurs.

NORALE PAIENNE. 243

L'école de Pythagore enseigna la pureté des mœurs et a chasteté. Elle réprouvait l’adultère comme le crime qui ffense le plus les dieux (4). Platon, dans le huitième livre le ses Lots, déclare infâme et prive de toute distinction t de tout privilége celui qui vit avec une femme qui s’est pas son épouse légitime (2). Les lois d'Athènes exluaient da temple la femme coupable d’adultère, et la Jrivaient du droit de porter une parure (3). On sait qu’un des motifs de l’exil d'Ovide fut la licence de ses poésies érotiques : lui-même l’avoue et s’en défend, en disant qu’elles n'étaient écrites que pour les courtisanes (4). Valère Maxime rapporte que les secondes noces étaient communément blâmées à Rome (5); qu'il s’écoula 520 ans, depuis la fondation de Rome, sans qu’il y eût un seul divorce, et que la stérilité même ne paraissait pas un motif

(1) Ex quorumdam Pythagoreorum libris fragmenta, ap. Orelli.

(2) « A l'égard des femmes, si quelqu'un vivait avec une autre que celle qui est entrée en sa maison sous les auspices des dieux, et avec le titre sacré d’épouse, soit qu'elle lui soit acquise par achat ou de quelque autre mauière, si son mauvais commerce vient à la connaissance de qui que ce soit, homme ou femme, nous ne ferons rien que de juste, en le privant par une loi, comme infâme, de toutes les distincions et priviléges de citoyen. » (PLATON, Lois, VIU, t. VIII, p. 123, trad. Cousin.)

(3) Alf. Maury, Hist. des religions de la Grèce antique, t. Il, p. 50, not. 5.

(4) Arguor obsceni doctor adulterii.

(Trist., 11, v. 213.) ° At procul a scripta solis meretricibus arte, Summovet ingenuas pagiua nostra nurus.

(Ibid., v. 304.)

(5) « Quæ uno contentæ matrimonio fuerant corona pudicitiæ honorabantur. . . . . . »

«. . . Multorum matrimoniorum experientiam quasi i'legitimæ cujusdam intemperautiæ signum esse credentes. » (VALÈRE MAXIME, 11, 5, 4.)

244 Ille PART. — CH. VII. — MORALE CHRÉTIENNE. légitime de rompre l’union conjugale ({). « L’indulgence « des maris avait permis aux femmes l’usage de la « pourpre et de l’or. Mais cette parure était sans danger. « On voyait les autres, on était vu soi-même avec un « respect religieux, et une mutuelle pudeur protégeait les « deux sexes (2). »

Cicéron, dans son Traité des devoirs, enseigne que la faute réside dans la pensée et l’intention de mal faire, alors même que cette intention n'aurait pas été suivie d'effet, et Sénèque, le rhéteur, appliquant cette théorie au sujet particulier qui nous occupe, prononce ces paroles si semblables à celles du Christ, citées par saint Justin : « Elle est coupable même sans avoir commis la faute, « celle qui a eu un mauvais désir (3). v

Dans Epictète, on trouve, presque à chaque page, les préceptes les plus purs sur la chasteté et la continence. C’est peu pour le sublime esclave de dire que l’homme doit se souvenir en tout temps qu’il porte Dieu au-dedans de lui-même, et qu’il doit se garder de le souiller par des pensées impures et des activns basses (4); que son âme

(1) VALÈRE MAXIME, Il, 2, 4.

(2) « Nulli enim tunc subsessores alienorum matrimoaiorum oculi metuebantur ; sed pariter et videre sancte, et aspici mutuo pudore custodiebantur. » (VaLÈRE MANIME, |}, 5.) -

(3) « Incesta est etiam sine stupro quæ cupit stuprum. » (Controv., vi, 8.)

(4) Egees te v oexuré pépoç éxeivou (roù Oroù) où fee peuviohat Gray éafins Tis y écbier, xœi Tiva Tpépeu ; OTær œuvouoix yoï, Tis &v of ; Otav ouehix, Otay yuuvabn, OTav Quxhéyn, oÙx oO G7e Gsov rpéperç 3... év cavr@ qéoetç adTov (6e0v) xai nov oùx œisÜdyn &xx- Oaprous pév Geavoruact, purapais de mpabeor. Kat &yaÂURTOS pÉv TO Oz6ù ranvros, oÙx av Tolufaœs Te ToUTUY Touiv, Dy mois adToù 0 roû Ocoù rapovroç Éombev xai ÉpopovTos Tévra, xxt ÉmaxoUovTOg, oÙx

doit être plus pure que la lumière du soleil (4), et que sa conscience doit être pour lui un rempart inviolable. I sait que ces maximes générales ne suffisent pas à régler les mœurs, et qu'il faut, en ces matières délicates, donner des conseils plus pratiques. En voici quelques-uns :

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« Il est dangereux de se mêler à des entretiens obscènes. Quand tu te trouveras à des conversations de cette espèce, ne manque pas, si l’occasion le permet, de tancer celui qui tient de tels discours ; sinon, demeure muet, et fais connaître, par ton silence, par la rougeur de ton front et tes yeux baissés, que ces sortes de discours ne te plaisent point (2). »

« Ne goûte pas le plaisir de l’amour, si tu le peux, avant le mariage, et si tu le goûtes, que ce soit au moins selon la loi, mais ne sois point sévère à ceux qui en usent, ne les reprends pas avec aigreur, et ne vante pas, à tout propos, ta continence (3). »

« Aujourd’hui, ayant rencontré une belle femme, je n’ai pas dit en moi-même : Bienheureux celui qui jouit de ses faveurs! bienheureux son mari ! car, parler ainsi, c’est désirer l’adultère. Je défends à mon imagination de me la représenter à mes côtés, défaisant ses vêtements, et couchée auprès de moi. Je dis alors : Bravo! Epictète, tu as résolu là un beau sophisme. Que si cette femme consent à se donner à moi, s’approche de moi, me fait des avances et des caresses, je repousserai ses caresses et me vaincrai moi-même, Voilà qui vaut mieux

aicyüvn Tadra évôumouusvos xat mov. (EPicT., Dissert., 11, 8, 11, 15, éd. Didot, p. 89, 90.) |

(4) Épicr., Dissert., n1, 22, 95, p.161.

(2) Épicr., Manuel, xxxlit, 16.

(3) ÉPicr., Manuel, xxx, 8.

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« que d’avoir dénoué le sophisme le plus subtil (4); mais « comment résister à ces tentations ? Il ne faut que vouloir « te plaire à toi-même, et paraitre pur à Dieu (2). Il faut « se souvenir de Dieu, invoquer son aide et son secours, « comme on invoque Castor et Pollux, pendant la tem- « pête... Quelle tempête plus dangereuse que le trouble « des sens (3)! » « Que fait celui qui suborne la femme de son prochain? Il foule aux pieds la pudeur et la fidélité ; il viole les « saintes lois du voisinage, de l'amitié, de la cité. Com- « ment pourrais-je le regarder comme un homme, comme « mon prochain, mon ami, mon concitoyen (4)? Les «a femmes, direz-vous, sont communes ; mais dès que le législateur les a distribuées, ne pas se contenter de la « sienne, et prendre celle d'autrui, c’est dépouiller l’humanité pour prendre le caractère du singe et du loup (5). » Venons maintenant à ce qui regarde la charité. C’est à cette vertu qne se rapportent plusieurs des maximes chrétiennes citées par saint Justin.

Cette vertu est entée sur le sentiment qui porte les hommes à s'aimer par le triple attrait d’une même nature, d’une commune origine et d’une semblable destinée.

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(1) ÉPicr., Dissert., 1, 48, 45, 49, édit, Didot, p.109. — Ibid. 1", 9, 1, 11.

(2) Tléç cv yévnrau roro ; Bénoov &péaat adtos note csxvro, Oûrdov xa)ds pavivar T@ 0e@" értfuuncov xa0apôs uetra xxD2008 oxr0 yevéobou, vai mes Toù Geou. (EPICT., Dissert., 11, 18, 19.)

(3) Toù Oeoù uéuvnao, Éxetvoy érurahoù Bonfoy xxi rapasratrs, roÙs ALOTXIPOUS EV YEUOVL oi rhéovtes. Iloïos yap ais jeuzy n 0 Êx YAVTUGLEY LT YUOV xaL ÉXYPOUCTLADY TOU )0yov ; (EpicT., Dissert., ll, 48, 29, p. 110.)

(4) Évicr., Dissert., n1, Ch. 4, $ 1, p. 85,

(3) ÉPicT., Dissert., 11, 4, 8, p.84.

Le patriotisme étroit, exclusif, agressif des petites cités grecques était, il est vrai, incompatible avec la charité. Pour ceux même qui s’élevaient à l’idée d’une certaine communauté de race entre les diverses cités de la Grèce, les étrangers, les barbares, étaient des ennemis nés. Si la fortune de la guerre les faisait esclaves, la naissance les avait déjà frappés d’infériorité. « La justice consiste, disait Simonide, à rendre à chacun ce qui lui est dû : or, on doit du bien à ses amis, du mal à ses ennemis. » Au Ve siècle avant Jésus-Christ, Socrate proteste contre cette morale inhumaine : « Si quelqu’un dit que la jus- « tice consiste à rendre à chacun ce qu’on lui doit, et « s’il entend par là que l’homme juste doit du mal à ses « ennemis comme il doit du bien à ses amis, ce langage « n’est pas celui d’un sage, car il n’est pas conforme à « la vérité. Il n’est jamais juste de faire du mal à per- « sonne (1). » En même temps, Socrate, pressentant l’universelle fraternité de tous les hommes, se proclamait citoyen du monde (2). Platon enseignait, au grand scandale des politiques et des sophistes de son temps, qu’il vaut mieux souffrir l'injustice que de la commettre, et qu’il n’y a pas pour l’homme de plus grand mal que d’être injuste (3). |

La justice n’est pas la charité, et s'abstenir de mal faire et de nuire ne fait pas l’homme vertueux. Mais la sagesse antique ne s’est pas arrêtée là. « C’est l’amour que j'ai « pour les hommes, dit Socrate, qui me porte à leur en-

(4) PLATON, Républ., 1, 5.

(2; « Socrates cum rogaretur cujatem se esse diceret, mundanum inquit ; totius enim mundi se incolam et civem arbitrabatur. (CICERON, Tuscul., v, 37.) — Épicr., Dissert., 1, 9, 1, p. 46.

(3) Voir la discussion de Socrate et de Polus, dans le Gorgias.

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« Seigner tout.ce que je sais (4). » Cet amour du prochain ne doit pas être oisif. Les deux fameux préceptes : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qui vous fût fait à vous-même ; et: Faites à autrui ce que vous voudriez qui vous füt fait, en quoi se résume toute la morale sociale et dont on fait honneur exclusivement au christianisme, appartiennent à l'antiquité païenne (2). « Les Athéniens, dit M. Alfred Maury, faisaient remonter « ces préceptes à leur héros Bouzygès, c’est-à-dire aux « plus anciens temps (3). » On les trouve développés dans le discours d’Isocrate à Nicoclès (4).

Proclamée par Socrate, confirmée et développée par les platoniciens et les stoiciens, la doctrine de la fraternité universelle fit son chemin dans le monde païen. Cicéron la reçut, avec toute sa philosophie, des mains des Grecs et l’exposa dans son magnifique langage : « C’est la nature, dit-il, qui prescrit à l’homme de faire « du bien à son semblable, pour cette seule raison quil « est homme comme lui (5). » Les liens du sang ne sont pas plus sacrés que les liens de la cité, et ces derniers ne sont pas les seuls qui unissent les hommes. Le genre hu-* main forme une société universelle que les dieux euxmêmes ont établie, et sans laquelle la libéralité, la justice,

(1) Y70 peaxvôpuwrias. (PLATON, Eulyph.,t. [, p. 13, trad. Cousin.)

(2: « Alexandre Sévère, dit Lampride, avait fait graver le premier de ces deux préceptes sur les monuments publics. » Le chroniqueur ajoute qu’il avait entendu cette maxime : A quibusdam sive Judæis sive cbristianis. (ALEX. SEVÈRE, 50.)

(3) Hist. des religions de la Grèce antique, t. II, p. 9.

(4) Isocrale ad Nicocl., ch. 18, p. 19, éd. Baiter, ch. 49.

(5) « Hoc natura præscribit ut homo homini quicumque sit, ob eam ipsam causam, quod is homo sit, consultum velit. » (Cicérox, De

offic., 111, 6.)

la bonté, ne sont plus rien (4). Le sage doit reconnaitre qu’il n’est point habitant d’une enceinte fermée par des murailles, mais que le monde entier n’est pour lui qu’une ville dont il est le citoyen (2). Il doit s’associer à ses semblables par le lien de la charité, et regarder tous les hommes comme ses alliés naturels (3).

À Athènes, à Rome, le théâtre retentit souvent de généreuses maximes sur l'unité du genre humain et les vertus les plus opposées à l’ancieu esprit grec ou romain. Euripide, le philosophe de la scène, comme on l’a souvent appelé ; Ménandre, Philémon et leurs imitateurs latins, élèves des philosophes, et sans y songer peut-être, éducateurs de la foule, apprirent à leurs coucitoyens l’égalité de tous les hommes, l’humanité, la pitié, la charité, et jetèrent dans la société les germes d’une civilisation nouvelle. Cet esprit nouveau, qu’on a quelquefois appelé esprit chrétien, éclate chez les nouveaux stoiciens.

« Exposons, dit Senèque, comment l’homme doit en « user avec ses semblables. Quels préceptes donnerons- « nous ? Qu'il faut s’abstenir de verser le sang humain ?

* « Que c’est peu de chose de ne point nuire à ceux aux- « quels nous sommes obligés de nous rendre utiles! Le « beau mérite pour un homme de n’être point féroce pour

(1) « Quiautem civium rationem dicunt habendam, externorum negant, hi dirimunt communem humani generis societatem ; qua sublata, beneficentia, liberalitss, bonitas, justitia funditus tollitur. Quæ qui tollunt etiam adversus deos immortales impii judicandi sunt. Ab iis enim constitutam inter homines societatem evertunt. » (CICÉRON, De offic., 111, G.)

(2) « . . . Sese non unius circumdatum mœænibus loci sed civem totius mundi quasi unius urbis agnoverit. » (CICÉRON, De Leg., 1, 25.)

(5) « . . |. Societatemque caritatis coïerit cum suis omnesque natura conjunctos, suos duxerit. » (CICÉRON, De Leg., 1, 253. — Voir encore De offc., 1, 7. — Et SÉNÈQUE, De fra, 11, 51.)

250 Ille PART. — CH. VIII. — MORALE CHRÉTIENNE.

« son semblable ! Nous prescrivons à l’homme de tendre « la main à celui qui a fait naufrage, de montrer la route « à celui qui s’est égaré, de partager son pain avec celui « qui a faim. Mais à quoi bon entrer dans le détail de « ce qu’il faut faire ou éviter, quand je puis donner en « deux mots la formule des devoirs de l’homme ? Cet uni- « vers que vous voyez, qui comprend le ciel et la « terre, n’est qu'un tout, un vaste corps dont nous «a sommes les membres. La nature, en nous formant des a mêmes principes et pour la même fin, nous a rendus « frères. C’est elle qui a planté dans nos cœurs l’amour « que nous avons les uns pour les autres, et qui nous a « faits sociables. C’est elle qui a établi la justice et « l'équité : c’est en vertu de ses lois qu’il est plus mal- « heureux de faire du mal que d’en recevoir. C’est elle « qui nous a donné deux bras pour aider nos semblables. « Ayons toujours dans le cœur et sur les lèvres ce vers « de Térence : Je suis homme, et rien de ce qui touche « l’homme ne m'est indifférent (4). »

(4) « Quæ damus præcepta ? Ut parcatur sanguini humano? Quantulum est ei non nocere, cui debeas prodesse ! Magna scilicet laus est si homo homini mansuetus est! Præcipiemus ut naufrago manum porrigat, erranti viam monstret, cum esuriente panem suum dividat ? Quando omnis quæ præstanda sunt ac vitanda dicam, cum possim breviter hanc formulam humani officii tradere? Omne hoc quod vides, quo divina atque bumana *conclusa sunt, unum est: membra sumus curporis magni. N:tura nos cognatos edidit, cum ex iisdem et in eadem gigneret. He nobis amdrem indidit mutuum, et sociabiles fecit. Ila æquum justuæque composuit : ex illius constitutione miserius est nocere, quam di, et illius imperio paratæ sunt ad juvandum manus. Iste versus et in pectore et in ore sit :

Homo sum, humani nihil a me alienum puto.

: « Habeamus in commune quod nati sumus. Societas nostra lapidum

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