RAR AR A 2 A A A RAR LR A À
RARLER RAR
« Il y a, dit-on, quelque plaisir à se venger. Point du tout. Il est bien de répondre aux bienfaits par des bienfaits, mais non de rendre le mal pour le mal. Quoique réputée juste, la vengeance est contraire à l’humanité ; elle ne diffère de l’outrage que par l’ordre du temps (4). » « Si le sage reçoit un souflet, que fera-t-il? Ce que fit Caton. On l'avait frappé au visage; il ne se mit pas en colère, il ne se vengea pas de cette insulte; il ne crut même pas avoir à pardonner; il nia qu’il eût été insulté (2). »
« Pour dédaigner les injures, il n’est pas besoin d’être un sage; il suffit d’avoir du jugement et de se dire à soi-même: Ai-je mérité ou n’ai-je pas mérité ce qui m'arrive ? Si je l’ai mérité, ce n’est point un affront, c’est justice. Si je ne l’ai point mérité, c’est celui qui commet une injustice qui doit rougir (3). »
« C’est d’une âme misérable et petite de rendre le mal pour le mal... Pensons aux services que nous a rendus celui à qui nous en voulons, et notre colère tombera, et nous oublierons l’injure, pour ne plus nous souvenir que du bienfait. Représentons-nous combien le pardon des injures a fait d’amis utiles. Demandons-nous, quand nous aurons de la peine à pardonner, si nous serions bien aises que tout le monde fût inflexible à notre
fornicationi simillima est : quæ casura, nisi invicem obstarent, hoc ipso sustinetur. » (SÉNÈQUE, Epist. ad Luctl., xcv.)
(4) « Dulce est dolorem reddere. Minime ; non enim ut in beneñciis
honestum et merita meritis rependere, ita injurias injuriis ; illic vinci tarpe est ; hic vincere. Inhumanum verbum est, ut quidem pro justo receptum, ultio ; et a contumelia non differt nisi ordine. » (SÉNÈQUE, De tra, 11, 32.)
(3) SÉNÈQUE, De Const. Sapient., x1v. — De ira, 11, 32.
(5) SÉNÈQUE, De Const. Sapient,, xv1.
952 Ille PART. — CH. VIII. — MORALE CHRÉTIENNE.
« égard... Quelqu'un est-il en colère contre toi? Pro- « voque-le par des bienfaits. Il t’a frappé? Retire-toi. En « rendant le coup, tu lui fourniras l’occasion et l’excuse « de nouvelles violences (1). »
« Le sage doit secourir ceux qui pleurent, sans verser « lui-même des larmes ; il tendra la main au naufragé: il fera l’aumône à l’indigent (2). »
Il faut donner sans orgueil et en secret. « Les bienfaits qui soulagent la faiblesse, l’indigence, l’ignominie, doivent être tenus cachés et n'être connus que de celui qui en profite. Quelquefois même :il faut laisser ignorer à celui qu’on assiste la main qui l’a secouru (3). Eh quoi ! mon ami ne saura pas qui l’a obligé? Non, ce n’est pas un débiteur que je cherche. Ne sauverais-tu donc pas la vie d’un homme dans les ténèbres ?... Le bienfaiteur doit oublier sur-le-champ qu’il a donné; lobligé doit toujours se souvenir qu’il a reçu (4). »