‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 10 sur 106 · I. Dialogue.., II · texte numérisé non relu

I. Dialogue.., II

beauté qu'il aime? Or c'est à celui qui enfante la véritable vertu et qui la nourrit qu'il appartient d'être chéri de Dieu; c'est à lui plus qu'à tout autre mortel qu'il appartient d'être immortel ^ »

Peut-être après tout admirons-nous tant cette page parce que nous la transposons d'après nos espérances chrétiennes. Nous croyons que la grâce, <( pareille a l'aigle qui excite sa couvée et la porte sur ses ailes- », nous rendra capable, parla lumière de gloire, de fixer le soleil, et nous oublions ce qu'avait d'insolent cette hardiesse de la raison, et son impuissance h franchir l'abîme qui nous sépare de l'infini.

Bientôt le platonisme, averti par le christianisme lui-même, aura recours pour voir Dieu à l'ascétisme, à la prière, et à des pratiques superstitieuses voisines de la magie.

Au 11° siècle, il n'en était pas encore là, mais il était encore plus éloigné du rationalisme de Socrate. Ce qui intéressait Justhi, ce n'était sûrement pas l'analyse des concepts, ni le jeu de la dialectique. Nous le savons déjà, il voulait voir Dieu, et se croyait assez avancé dans la philosophie pour tenter cette épreuve suprême. La tranquillité des sens et la solitude y étaient nécessaires. Il se retira donc en un lieu désert, voisin de la mer. S'il avait voulu parler de la mer Morte, il l'aurait dit. Les côtes de la Méditerranée, plus

1. Le Banquet, p. 211, C et s., traduction de M. Alfred Croiset.

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