‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 9 sur 106 · I . Dialogue,,. II · texte numérisé non relu

I . Dialogue,,. II

s'imposent à la conscience de tous, sans passer par des chemins inaccessibles au plus grand nombre. Déçu encore une fois, il s'éloigna avec peine, parce que le pythagoricien lui avait dit quelques-unes de ces paroles que pressentait son cœur.

Il était précisément une philosophie que son fondateur avait affranchie d'une alliance trop intime avec la science; son fondateur avait compris que la nature n'était pas près de révéler ses secrets, et qu'il fallait, sans pkis attendre, se faire de fortes convictions sur le juste et l'injuste, le bien et le mal. Par l'idée du Bien, il avait dépassé l'horizon des choses sensibles, et entrevu un monde nouveau, où les idées rayonnaient de la pure lueur de leur beauté incorporelle. Etait-ce bien Socrate, qu'on entendait dans les dialogues de Platon? L'antiquité n'a rien osé affirmer et les modernes doutent plus encore. Platon était cependant resté l'auteur responsable de cette grande école qui, la première, dégagea au nom de la raison et aussi d'une tradition confuse, l'idée de Dieu, créateur et Père, et de l'âme, spirituelle et immortelle, jugée après la mort, et récompensée ou punie selon ses œuvres.

Précisément un platonicien de marque venait de s'installer h Naplouse. Cette fois Justin se crut tout de bon sur la voie. « L'intelligence des choses incorporelles me captivait au plus haut point; la contemplation des idées donnait des ailes a mon esprit, si bien qu'après un peu de temps, je crus être devenu un sage; je fus même

LES ORIGINES DE SAINT JUSTIN. SA CONVERSION. Il

assez sot pour espérer que j'allais immédiatement voir Dieu : car tel est le but de la philosophie de Platon K »

Illusion en effet, quoique illusion sublime! Quelle ne dut pas être l'émotion de Justin en lisant cette page qui nous ravit encore, cette élévation de l'étrangère de Mantinée vers Dieu, annoncé comme la beauté toute pure, à un peuple si épris de la beauté qui charme les yeux.

« O mon cher Socrate, ce qui peut donner du prix à cette vie, c'est le spectacle de la beauté éternelle. Auprès d'un tel spectacle, que seraient l'or et la parure, et la belle jeunesse dont la vue aujourd'hui te trouble, et dont la contemplation et le commerce ont tant de charme pour toi et pour beaucoup d'autres, que vous consentiriez à perdre, s'il se pouvait, le manger et le boire, pour ne faire que les voir et être avec eux? Je te le demande, quelle ne serait pas la destinée d'un mortel à qui il serait donné de contempler le beau sans mélange, dans sa pureté et simplicité, non plus revêtu de chair et de couleur humaines et de tous ces vains agréments destinés à périr, k qui il serait donné de voir face à face, sous sa forme unique, la beauté divine?... Et n'est-ce pas seulement en contemplant la beauté éternelle avec l'œil de la raison, qui seule la voit, qu'il pourra y enfanter et y produire non des images de vertu, puisque ce n'est pas à des images qu'il s'attache, mais des vertus réelles et vraies, parce que c'est la

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