‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 102 sur 106 · I. Cinquième édition, Paris, Gabalda, igiS. p. 7 ss · texte numérisé non relu

I. Cinquième édition, Paris, Gabalda, igiS. p. 7 ss

pérer noire salut éternel. Puis nous nous embrassons les uns les autres, en suspendant les prières. Alors est présenté à celui qui préside les frères du pain et une coupe d'eau et de vin trempé. Il les prend, et il exprime louange et gloire au Père de Tunivers par le nom du Fils et de l'Esprit-Saint, et il fait une action de grâces abondamment pour ce que Dieu nous a daigné donner ces choses. Celui qui préside ayant achevé les prières et Taclion de grâces, tout le peuple présent acclame en disant: Amen. Amen, en hébreu, signifie Ainsi soit-il. Celui qui préside ayant rendu grâces et tout le peuple ayant acclamé, ceux qui chez nous sont appelés diacres donnent à chacun des assistants une part du pain eucharistie et du vin et de l'eau, et ils en portent aux absents.

« Cet aliment est appelé chez nous eucharistie. A personne il n'est permis d'y prendre part, sinon à celui qui croit que vrai est ce que nous enseignons et qui a été baptisé de la rémission des péchés et de la nouvelle naissance, et qui vit comme le Christ a enseigné. Car nous ne prenons pas ces choses comme du pain vulgaire, mais de la manière dont, fait chair par le Verbe de Dieu, Jésus-Christ notre sauveur eut une chair et du sang pour notre salut, ainsi aussi l'aliment eucharistie par un discours de prière qui vient de lui — aliment dont notre sang et nos chairs sont nourris en vue de la transformation, — est la chair et le sang de ce Jésus fait chair, ainsi nous l'a-t-on enseigné. Car les Apôtres dans les mémoires qui sont d'eux et qu'on nomme Evangiles, nous ont

rapporté qu'il leur avait été ainsi prescrit. Jésus ayant pris du pain avait rendu grâces en disant : « Faites ceci en mémoire de moi, ceci est mon (c corps. » Et ayant pris la coupe semblablement il avait rendu grâces en disant : ce Ceci est mon « sang. )) Et à eux seuls il en avait donné. C'est là ce que dans les mystères de Mithra les méchants démons ont enseigné à faire par imitation; car du pain et une coupe d'eau est présentée dans les rites de l'initiation, avec accompagnement de certaines paroles, vous le savez ou vous pouvez l'apprendre.

« Pour nous, depuis lors, nous commémorons entre nous toujours ces choses.

(( Ceux qui possèdent secourent tous ceux qui sont indigents, nous nous assistons toujours les uns les autres. Et sur tout ce que nous offrons nous bénissons le Créateur de l'univers par son FilsTésus-Christ et par l'Esprit-Saint. Le jour dit du Soleil tous ceux [des nôtres] qui habitent les villes ou les champs s'assemblent en un même lieu : on lit les Mémoires des Apôtres ou les écrits des prophètes, tant qu'il y a lieu. Puis le lecteur s'étant arrêté, celui qui préside prend la parole pour morigéner [les assistants] et [les] exhorter à l'imitation de ces belles [leçons]. Ensuite nous nous levons ensemble tous et nous adressons des prières [à Dieu]. Et comme nous l'avons déjà dit, du pain est apporté et du vin et de l'eau, et celui qui préside adresse des prières semblablement et des actions de grâces autant qu'il a de force, et le peuple répond : Amen.

Alors a lieu la distribution des choses eucharistiées; et chacun en a sa part, et aux absents on envoie la leur par les diacres. Ceux qui sont dans l'abondance et qui veulent [donner] donnent chacun ce qu'il veut selon son gré; ce qu'on recueille ainsi est porté à celui qui préside, et il secourt les orphelins et les veuves, et ceux qui sont dans l'indigence par suite de maladie ou toute autre cause, et ceux qui sont dans les chaînes, et les étrangers qui sont de passage ; bref il a cure de quiconque est dans le besoin^. » Dieu soit béni d'avoir inspiré au grand cœur de saint Justin de parler si simplement et si ouvertement des réunions chrétiennes. Plus d'un païen après cette lecture a dû repousser les calomnies comme on chasse un mauvais rêve au réveil. Les chrétiens se réunissaient donc pour prier. Et quelle prière ! Non plus la prière honteuse d'elle-même qui demandait tout bas aux dieux leur secours pour un mauvais coup, ni même la requête de bons païens ne songeant qu'aux choses de la terre. Les chrétiens prient Dieu afin d'être meilleurs, après l'avoir remercié des dons surnaturels qui étaient le gage de sa libéralité et de sa grâce. Ils prient les uns pour les autres, et, s'ils suspendent la prière, c'est pour se donner le baiser de paix. Nulle arrogance d'ailleurs; ces saints ne se croient point parfaits, et ne s'étonnent pas que le président de l'assemblée — appelons-lepar sonnom — l'évêque,

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