‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 103 sur 106 · I. 1 ApoL I.Xy-TAVII · texte numérisé non relu

I. 1 ApoL I.Xy-TAVII

les morigène, en commentant les exemples de l'Ancien et du Nouveau Testament.

Ils savent que la charité est le premier commandement, et ils la pratiquent, s'en remettant à l'évêque du soin de répartir leurs aumônes.

Mais le point culminant de roffice, c'est l'Eucharistie, que Justin nomme par son nom.

Les vagues racontars des païens ne sont pas honorables pour l'espèce humaine.

Il y a quelque chose qui n'est guère moins humiliant, c'est le parti pris des esprits les plus cultivés de nos iours de ne pas interpréter un document dans son sens naturel. Vous ne voulez croire ni a la présence réelle, ni à cette conversion du pain et du vin au corps et au sang du Christ que l'Eglise nomme transubstantiation ? Mais, si vous étiez des savants dégagés de préjugés, pourquoi ne pas expliquer ce texte comme s'il s'agissait des mystères d'Eleusis? Le simple fidèle, avec son bon sens, a reconnu le saint sacrifice^ delà messe : lecture de l'épître ou de l'évangile, sermon, collecte, consécration, communion. Le pain et le vin sont là, avec de l'eau qui doit être mêlée au vin ; c'est, comme nous disons, la matière du sacrifice. Et c'est par une formule, les paroles mêmes de Jésus-Christ, que s'opère le changement qu'expriment les paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang.

I. La notion de sacrifice est très précise'menl mise en lumière dans d'auti es textes. Dialogue^ XLI; LXX; CXVII.

Aujourd'hui, il est vrai, la critique semble renoncer peu à peu aux misérables arguties du protestantisme depuis Luther. Le diable, aurait dit Justin, n'y perd rien. Car on veut que ce mystère soit une imitation des mystères du pai^anisme. Notre apologiste n'a-t-il pas lui-même indiqué cette voie en rappelant le culte de Milhra?

Il nous apprend en effet que dans l'initiation à ces mystères on faisait figurer le pain et l'eau. C'est sans doute le repas liturgique dont un monument figuré a conservé le souvenir. Ajoutons le rite d'expiation qui avait quelque analogie avec le baptême; le nom de frères que se donnaient les initiés de Mithra. Nous savons encore que d'autres mystères attiraient les âmes, ceux de Déméter à Eleusis, ceux de la bonne déesse Isis, ceux d'Attis et de la grande Mère phrygienne.

Il faut en conclure que le christianisme n'était pas la seule religion qui eût recours au groupement et à la discipline des âmes, et où l'on pratiquât certains rites. Y eut-il de l'une à l'autre des emprunts de détail? Il serait trop long de le recherchera Que voyons-nous cependant h la grande lumière de l'histoire? Dans le paganisme, des cultes anciens qui cherchent à revivre par l'attrait des choses réservées ; des degrés d'initiation qui excitent la curiosité et flattent l'amourpropre; un secret absolu dont les initiés supé-

I . On peut lire : Les religions orientales et les origines du christianisme^ dans le Correspondant dw 2 5 juillet 19 10.

rieurs dissimulent la vanité ; des spectacles terribles qui frappent l'imagination de terreur pour lui ouvrir ensuite les perspectives du salut; un fonds de mauvaise superstition que rien n'a pu épurer des antiques tares. On croira si l'on veut qu'il n'y avait rien de plus, et que certaines actions symboliques n'avaient pas l'obscénité que les Pères de l'Église ont dite, et que telle fouille récente a mise sous les yeux.

Ne voyons donc que l'aspiration des initiés à s'unir à leur divinité. Avec toutes les hardiesses de la fiction débridée, il n'y avait rien dans les mystères contemporains qui allât jusqu'à cette invraisemblance suprême : que les fidèles pouvaient se nourrir de la propre chair et du sang d'un Dieu incarné. Ce n'est pas là que le christianisme a emprunté ce rite. Il lui vient de l'histoire, des paroles prononcées par Jésus-Christ à la veille de sa mort. Aucune mythologie n'a rêvé cette manducation à la fois réelle et spirituelle. Mais ce seul point étonnant, inouï, concédé par la raison à l'amour infini, comme tout est simple, humain, grave, dans cette assemblée! Les fidèles ne portent pas de noms de guerre et ne poussent pas de cris d'animaux comme des lions du mithriacisme. Point d'orgies comme dans le culte de Cybèle, ni d'exaltation comme à Eleusis.

Sans celte eucharistie trop réelle, le protestantisme trouverait bien son compte dans ces lectures de la Bible, commentée par le président. Mais quoi, c'est vers l'Eucharistie que convergeait tout le reste. C'est parce que le rite était

plein de Dieu que les fidèles en sortaient disposés à affronter le martyre.

Les adeptes de Mithra devinrent nombreux, ils gagnèrent la faveur impériale, le Soleil invincible s'éleva comme l'antagoniste du Christ. Peu après le moment où Justin écrivait son apologie, Commode, fils de Marc-Aurèle, se faisait initier. Et les savants se demandent gravement ce que le monde serait devenu si Mithra avait vaincu Jésus- Christ. Mithra est tombé si vite, et si mal, que personne n'a été tenté de le ramasser. Il n'y avait même pas dans ses débris ce charme de beauté plastique et ces souvenirs enchanteurs qui font encore de l'hellénisme un adversaire séduisant et parfois un auxiliaire dangereux du christianisme.

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