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circoncision de la chair doit le céder à la circoncision du cœur; la Loi, comme telle, est inutile, puisque l'on est sauvé par la foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu ; les chrétiens sont le véritable Israël. Autant valait dire : La Loi de Moïse est abrogée ; Jésus de Nazareth est le Messie promis, il est Dieu comme son Père. C'est ce qui parut aux juifs inadmissible et même blasphématoire. Leurs raisons sont en somme celles que Tryphon a opposées à saint Justin.
La première est la divinité de la Loi. Comme l'a très bien dit M°' Freppel, « le mosaïsme est, pour les chrétiens comme pour les Juifs, d'institution divine : la morale qu'il enseigne est très pure; ses lois, ses cérémonies n'ont rien qui ne soit digne de Dieu : on ne peut combattre l'israélite obstiné par ces endroits, et toute attaque contre sa religion prise en elle-même serait une atteinte portée au christianisme ^ » .
Il y a plus. Toute loi, de sa nature, est perpétuelle. Elle ne cesse d'avoir force que lorsqu'elle est abrogée. Il était même de style, chez les anciens, d'accentuer cette durée indéfinie. Une manque pas de clauses dans le Pentateuque qui disent expressément : ce c'est une loi perpétuelle ». Quand le législateur qui parle ainsi lit dans l'avenir comme dans le présent, ne doit-on pas prendre ses déclarations à la lettre ? Quand il est la Sagesse infinie, a-t-on le droit de supposer qu'il révisera son code
ï. Les apologies chrétiennes au 11^ siècle^ Saint Justin, p. 382.
par des lois meilleures? Sa bonté n'a-t-elle pas ordonné à son peuple ce qui peut être le plus avantageux aux fils de la femme? Soit qu'il envisage le Législateur, soit qu'il s'envisage lui-même, le juif ne découvre aucun motif de réviser sa Loi ; peutêtre parce qu'il n'a pas songé que d'autres hommes auraient d'autres besoins que lui et que Dieu, qui s'était révélé à lui, réservait au genre humain tout entier une révélation plus parfaite. Toujours est-il qu'il ne devait pas abandonner sans de bonnes preuves la Loi qu'il avait juré d'observer.
Or le Messie, plus grand que Moïse, n'avaitil pas qualité pour l'éclairer sur ce point? Peutêtre. Mais le Messie était-il venu? Le Messie, c'était, de par son nom même, le roi d'Israël, un roi sage et fidèle à la Loi du Seigneur, comme Josîas, mais un roi vainqueur aussi, plus glorieux que David et plus magnifique que Salomon. Tout développement ici est inutile. Oui ou non, Jésus de Nazareth, crucifié par les Romains, a-t-il été roi d'Israël ? Il n'a pas régné sur le monde, il n'a pas même régné en Judée.
Si quelques textes parlaient d'un serviteur de Dieu souffrant, ils ne le désignaient pas comme Messie. On peut toujours supposer que le Messie est né ; mais tant qu'il ne sera pas manifesté dans sa gloire, nul ne peut dire où il est, ni s'il existe déjà. C'est une aberration de nommer Messie ce pauvre Jésus de Nazareth. C'est même un blasphème, si on l'entend à la façon des chrétiens. Car les chrétiens le déclarent Fils de Dieu et l'adorent comme Dieu. Et cependant, ils le disent
— il le faut bien — distinct du Père. 11 y aurait donc deux Dieu ? Cette seule pensée soulevait l'indignation des juifs. Longtemps infidèles à la voix des prophètes, ils avaient immolé sur les hauts lieux et sous les bosquets verts aux Baals et aux Astartés ; ils avaient introduit dans le Temple de Jérusalem ces dieux étrangers. Mais ils avaient expié leur erreur, d'abord par la déportation à Babylone, ensuite, généreusement, par les martyres du temps des Macchabées. Désormais le culte d'un seul Dieu était leur foi profonde, et leur gloire. Comment osait-on leur proposer de revenir à des égarements déjà lointains?
Il est vrai que certains textes promettaient au Messie une gloire très haute. Daniel l'avait entrevu dans le ciel auprès de TAncien des jours, c'est-à-dire dans la société de Dieu avant qu'il fût montré à la terre. Des écoles s'étaient formées dans le judaïsme qui avaient développé ces vues mystérieuses. Mais les rabbins avaient reconnu le danger de ces spéculations pour leurs ouailles.
A transporter le Messie dans les sphères surnaturelles, on risquait d'amoindrir la splendeur de l'isolement divin. C'était assez des anges pour servir le seul grand Roi. Le Messie, si glorieux qu'il dût être, ne serait qu'un pur homme.
Et alors, comme le disait Tryphon, avec un pathétique sincère : « Si tu abandonnes Dieu pour mettre ton espoir dans l'homme, quel salut te reste-t-in? »