‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 26 sur 106 · Dial... XII; Is. Lv · texte numérisé non relu

Dial... XII; Is. Lv

fidèles, pour la première fois, au Dieu de leurs pères et cependant châtiés sans pitié et comme réprouvés; les gentils marchant à cette lumière qui avait brillé sur Sion. Ce renversement des valeurs religieuses n'invitait-il pas à reconnaître le doigt de Dieu?

Aussi bien, ce que Justin demandait à Tryphon de sacrifier, ce n'était point l'essentiel de la loi divine. Il a distingué, et toute la tradition avec lui, la loi morale, éternelle, existant donc avant d'être écrite dans un code, qui ne sera jamais changée, et la loi qui règle les fonctions du culte, les cérémonies, l'ordre du sacerdoce, les relations des hommes entre eux. Toutes ces lois étaient mises sur le même rang dans le Pentateuque de Moïse; perpétuelles sans doute comme toutes les lois, mais, si des relations nouvelles entre les hommes exigent des règlements nouveaux, on pouvait aussi concevoir des modifications dans le culte. Le second temple, privé de l'Arche d'alliance, était vide en comparaison du premier, et les manifestations de la piété avaient pris un accent différent, et comme un élan vers le ciel. Que penser des desseins de Dieu, alors que depuis si longtemps le Temple était détruit?

Les juifs qui n'immolaient plus des victimes n'en étaient pas moins conscients d'observer toute justice. L'accomplissement des rites était donc après tout chose secondaire. Et Justin faisait entendre de nouveau la grande clameur des prophètes, ou plutôt de la loi morale oubliée et méconnue, au temps où les parvis ruisselaient

du sang des sacrifices. On serait tenté de trouver ses invectives trop cuisantes, si elles n'étaient guère qu'un tissu des paroles adressées aux anciens Hébreux par des hommes de leur race, et au nom de leur Dieu.

La vraie loi, la loi morale, était antérieure à l'Écriture. Aussi avait-elle été pratiquée avant Moïse. (( Si ceux qui ont fait le bien, ce qui est universellement, naturellement, éternellement bien, sont agréables h Dieu, ils seront aussi sauvés par le Christ à la résurrection, comme les justes qui les ont précédés, Noé, Enoch et Jacob, et les autres s'il y en eut^. »

Reprenant l'argument de saint Paul, Justin demande où était la circoncision avant Abraham? et cependant les Juifs ne pouvaient exclure du salut ni Enoch, ni Noé. Et, même après Abraham, il y eut des justes, sans l'observance des rites mosaïques et sans le respect du sabbat. Les lois cérémonielles ne sont donc pas obligatoires de leur nature; on peut être sauvé sans les avoir pratiquées. Justin en concluait qu'elles n'avaient pas d'efficacité par elles-mêmes. La circoncision a été établie pour signifier et non pour produire la justification-.

Pourtant Justin exagère quelque peu en donnant pour principale raison d'être à la Loi la nécessité de réduire la dureté de cœur des Israélites. Il eût été plus juste et plus exact de dire que cette

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