I. Le Messianisme...^ p
veîle alliance, encore fallait-il qu'il eiit paru.
Justin démontrera donc que Jésus de Nazareth est le Messie attendu des Juifs. Son principal, on peut dire son unique argument, est celui-ci : Les prophéties relatives au Messie se sont accomplies en Jésus de Nazareth. Avec un juif, il était inutile d'établir la force probante des prophéties. Il suffisait de dire : le Messie, tel que vous l'attendiez, c'est Jésus.
Et les prophéties étaient si bien connues d'un maître comme Tryphon, qu'il n'était pas nécessaire d'en faire un tableau qu'on rapprocherait ensuite du tableau de la vie de Jésus. Justin se contentera de rappeler que les traits principaux de cette vie ont été prédits par l'Écriture.
Malheureusement ils sont disséminés dans le Dialogue, un peu au hasard de l'argumentation. Les voici groupés d'après l'étude attentive du R. P.Feder, S. J. ^. Jésus devait descendre de David, c'était annoncé par Isaïe, et naître à Bethléem, c'était indiqué par Miellée. La conception virginale était affirmée par Isaïe, sug'gérée dans la Genèse par des expressions mystérieuses, comme le sangde la vigne de Juda. On trouvait l'adoration des mages dans Isaïe, la fuite en Egypte dans David, la prédication de Jean-Baptiste dans Isaïe et dans Malachie^. David avait dit d'avance au nom de Dieu : « Tu es mon fils. » Isaïe avait parlé des miracles de Jésus, mais surtout de ses souffrances ;
I. Jus tins des Màrtyrers Lehre von Jésus Chris tus. p. 69 ss. 1. Prophétie mise par erreur sous le nom de Zacharie.
Jacob mourant et Zachaiîe, de son entrée a Jérusalem, monté sur un âne; le psalmîste, de ses prières, de ses angoisses, de son arrestation; Zacharie, de la dispersion et de la fuite de ses disciples. C'est encore dans les psaumes qu'on lisait le rassemblement du Sanhédrin, le silence de Jésus devant le procurateur romain, le complot des Juifs avec Hérode et Pilate, la comparution de Jésus devant Hérode, ses mains et ses pieds percés, sa robe tirée au sort, les railleries des Juifs, le cri suprême du mourant recommandant son âme à son Père. Mis au tombeau, comme Isaïe l'avait prédit, Jésus était ressuscité d'après Isaïe, et aussi David, qui avait prédit en outre ses apparitions et son ascension.
Tryphon ne semble pas avoir mis en doute la sincérité des évangélistes, ni la réalité des faits de la vie de Jésus. Evidemment il n'eût admis ni la Résurrection ni l'Ascension. Mais plutôt que d'engager un débat sur ces points, où il fallait accepter ou refuser le témoignage de personnes qu'on ne pouvait entendre, il préféra s'en tenir à ce que Justin lui proposait et demeura sur le terrain des Écritures.
La difficulté qu'on fait encore aujourd'hui a l'argument tiré des prophéties, c'est que l'apologiste choisit dans la Bible les traits qui lui conviennent, et laisse les autres décote. Tryphon s'étonne que Justin lui présente un Messie souffrant, quand les prophètes annoncent un Messie glorieux : c'est bien, nous l'avons dit, la perpétuelle objection du judaïsme. Et la preuve, ajoute-t-il, que le
Messie n'est pas venu, c'est qu'Elie n'a pas encore joué son rôle de précurseur.
La réponse de Justin devenue classique, parce qu'elle est péremptoire, avait été déjà indiquée par Jésus dans l'Evangile. Le Messie a apparu une première fois dans l'humiliation et la souffrance ; il apparaîtra une seconde fois dans la gloire. Jean-Baptiste a été le précurseur du premier avènement, un véritable Elie. Et les textes sont si clairs et si forts qui saluent un serviteur de Dieu soulTrant et expiant les péchés des hommes, que Tryphon se rend sur ce point, quoiqu'il lui en coûte davantage d'accepter la mort ignominieuse du Messie. Qu'il ait été éprouvé pour un temps, passe encore, mais il fallait du moins qu'il triomphât avant de mourir !
C'est qu'il n'a pas encore compris le véritable caractère des triomphes du Messie. Nous aussi nous avons peine a nous résigner à cette loi de la souCTrance. Si décisive que soit la solution des deux avènements, le second demeure pour nous un objet de foi, et non une raison de croire. Nous avons besoin d'être assurés que déjà Jésus est vainqueur. Et, si nous voulons ouvrir les yeux, cela nous est facile, à parcourir l'histoire déjà longue de l'Eghse catholique, dont Jésus est vraiment le Roi. Il nous suffit d'interpréter les triomphes rêvés parles Juifs des victoires de la grâce de Jésus sur le péché et les concupiscences qui mènent au péché. Or, c'est ce que saint Justin a nettement mis en lumière dès le second siècle. Au moment oii les chrétiens étaient encore une secte méprisée que le
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pouvoir se réservait de balayer quand il le jugerait bon, il proclama que, par la grâce du Christ, les hommes sont arrachés à l'empire du mal. « Nous voyons bien, dit-il avec une conviction invincible, nous voyons bien que c'est par le nom du Crucifié lui-même, Jésus-Christ, que les hommes renoncent aux idoles et à toute iniquité, qu'ils vont vers Dieu et qu'ils persévèrent jusqu'à la mort dans la profession de leur piété. A ses œuvres, à la puissance qui l'accompagnait, tous peuvent comprendre que c'estlui qui est «la nouvelle loi, la nouvelle alliance, « l'espérance de ceux qui, dans toutes les na- « tions )), attendent les biens de Dieu. Car la race israélite véritable, spirituelle... c'est nous, nous que ce Christ crucifié a conduits vers Dieu^. »
Conduire les hommes à Dieu, c'était plus que les mener h la victoire. Les chrétiens confessaient que c'était une œuvre divine, l'œuvre d'un Dieu. Loin que leur Christ souffrant leur parût indigne d'être comparé au Roi-Messie des Juifs, ils l'adoraient comme Fils de Dieu et comme Dieu.
C'est la dernière difficulté de Tryphon. Plus d'une fois il avait arrêté son adversaire, et nous sommes obligés de convenir que son souci d'une exégèse sobre et littérale avait parfois raison du symbolisme exagéré de Justin. Pour ne pas discuter indéfiniment sur le sens des textes, il l'accule a une impossibilité évidente : Prouve donc enfin que le Christ a préexisté; affirme, si tu l'oses, (( qu'il y a un autre Dieu que le Créateur de toutes