‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 33 sur 106 · Antiquités^ I, xf · texte numérisé non relu

Antiquités^ I, xf

seil. Il lisait encore dans les Proverbes que Dieu avait auprès de lui, quand il créait le monde, un principe qu'il avait produit avant toutes les créatures, et ce principe spirituel, il le nommait Logos ou Verbe. Et les textes se pressent sous la plume du controversiste, révélant l'existence de ce Dieu, « né du Père de l'univers, Verbe, Sagesse, Vertu et Gloire de celui qui Ta engendré )>. D'ailleurs cette génération mystérieuse n'enlève rien au Père ; de même, lorsque nous proférons quelque verbe, nous engendrons un verbe, sans diminuer le verbe qui est en nous ; de même nous allumons un flambeau à un autre flambeau, sans qu'i] perde rien de son éclat ni de sa chaleur.

On voit ici percer la philosophie dans l'argumentation scripturaire, mais il est évident qu'elle ne vient qu'après la foi. Nous la retrouverons plus loin, à propos de ce même Verbe; ici nous n'avons qu'à apprécier la valeur de cette argumentation.

Elle était assurément séduisante. Puisque le Verbe devait s'abaisser jusqu'à prendre notre chair, n'était-il pas à propos qu'il se rapprochât de nous, et, comme le dit plus tard le mystique Origène, qu'il parlât d'abord à l'humanité, avant de lui donner le baiser sur la bouche? Le Verbe préludant à son rôle, apparaissant dans le mystère avant de se laisser voir et toucher par ses disciples, excitant par des apparitions fugitives les désirs de l'humanité, c'était une conception grandiose, qui liait plus intimement les deux Testaments et grandissait l'Ancien.

Elle le grandissait trop. S. Thomas d'Aquin s'est

associé aux répugnances de saint Augustin et en a donné l'explication théologique ^ Justin avait raison en ce point, que le Père, étant principe du Fils, ne saurait être envoyé auprès des hommes. Mais le Fils lui-même ne devait être envoyé que pour leur communiquer une plénitude de grâce qui ne fut pas accordée aux patriarches. Les apparitions de l'Ancien Testament sont donc de simples apparitions, non pas la mission d'une personne divine.

Les textes, ajoutent les théologiens, ne prouvent pas davantage. Car un ange, comme le représentant* d'un souverain, peut prendre la parole en son nom comme il le ferait lui-même.

Peut-être pourrait-on ajouter que la critique moderne est d'accord avec cette théologie ^. Mais ce n'est pas le moment d'expliquer comment le groupement des textes, et peut-être quelques interpolations, ont fait surgir cette apparence d'une hypostase divine. Tryphon a nié ferme; et la théologie ne le condamne pas pour ce point particulier.

La discussion a eu du moins pour résultat de mettre en évidence la foi de Justin en la divinité de Jésus et sa sympathie sincère pour l'Ancien Testament. S'il s'est trompé — avec tant de grands génies — sur l'exégèse de certains textes, c'est que l'Écriture Sainte n'avait d'attrait pour lui que dans la mesure où elle renfermait, distinctement

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