‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 38 sur 106 · Dial... LXXX · texte numérisé non relu

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ni saint Clément romain, ni saint Ignace, ni saint Polycarpe n'y font allusion. Elle séduisit aussi saint Irénée, et fut néanmoins condamnée par l'Église. Justin était évidemment de bonne foi en la donnant comme la plus orthodoxe; ainsi que le prouve son argumentation, il fondait sa conviction sur son exégèse, plutôt que sur la foi commune, découlant de la tradition: Et cette opinion, qu'il croyait plus vraie, lui était aussi plus sympathique, par l'espoir d'attirer les Juifs à l'Ef^lise.

C'était aussi entrer dans leurs idées que de refuser la vue de Dieu aux âmes des élus avant la résurrection des corps. L'intervalle entre la mort et la résurrection ne préoccupait guère saint Justin qui attendait prochainement l'avènement glorieux du Christ.

Cependant, eût-il adopté cette croyance, aujourd'hui condamnée, s'il eût été le platonicien que l'on dit? D'après Platon, l'àme, en s'unissant au corps, fait une chute dans la matière. Affranchie du corps, rien ne l'empêche plus de contempler les idées.

Et cependant cette fois Justin, que nous avons vu si prudent, se prononce avec force, avec beaucoup trop de force, parce qu'il avait peut-être en vue un système qui rompait entièrement avec l'Ancien Testament : « Si donc des hommes appelés chrétiens... ont l'audace de blasphémer le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob; s'ils nient en outre la résurrection des morts et affirment qu'en même temps qu^ils

meurent leurs âmes sont élevées au ciel, ne les tenez pas pour chrétiens ^ »

Les premières propositions étaient évidemment hérétiques, et c'est tout le bloc que condamne Justin. Peut-être eût-il hésité à rejeter de sa communion un chrétien qui aurait admis la résurrection des corps, et jugé autrement que lui . de la situation des âmes bienheureuses. Aujourd'hui tous les fidèles de FEglise savent que les âmes les plus pures sont admises a la vision béatifique aussitôt après la mort.

Mais c'est en vain que Justin protestait ainsi de son attachement à l'Ancien Testament, accueillait avec une aussi large sympathie les espérances des Juifs, et témoignait tant d'égards pour leurs scrupules religieux. Tryphon n'était point gagné, et il s'en tint, en guise d'adhésion, àquelques paroles de politesse sur l'utilité qu'il y avait à scruter l'Ecriture avec un homme si compétent. Il ne restait à Justin que d'exprimer ses sentiments par une prière : « la meilleure prière que je puisse faire pour vous, amis, c'est de demander que vous reconnaissiez que le bonheur est donné à tout homme par cette voie, et que vous en veniez, vous aussi, a croire comme nous que Jésus est le Christ de Dieu- ».

Tel est ce dialogue, le plus considérable des ouvrages de Justin, et celui qui lui a coûté le plus de peine. Ne le comparons pas a ceux de Platon.

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