I. MiNuciuS; Oc f avilis, IX, 6; XXXT, i
tants. Justin ne daigne pas réfutei^ à fond ces calomnies; il a dit à Tryphon l'origine de ces imaginations pré-talmudiques. Il se contente de renvoyer les païens k leur conscience. N'est-ce pas chez eux qu'on pratique les sacrifices d'enfants pour présager l'avenir? Ne s'exposent-ils pas à l'inceste, quand ils abandonnent leurs enfants nouveau-nés, que des industriels, patentés pour ce commerce ignoble, élèvent, filles et garçons, pour un trafic infâme? Passons aussi rapidement que Tapologiste. Les magistrats furent sans doute peu nombreux qui extorquèrent de semblables aveux par la torture à des esclaves chrétiens ou au service des chrétiens. Il y en eut cependant, Justin nous le laisse entendre; la calomnie fut donc plus écoutée que les modernes ne veulent en convenir, et on affecta ensuite de s'appuyer sur des instructions judiciaires ainsi faussées.
Mais enfin le grand crime confessé par le seul 'nom de chrétien, c'était le refus de s'associer au culte public ; les chrétiens étaient donc des athées. C'était encore là un grief populaire. Les païens n'accusaient pas les Juifs d'être athées, sous prétexte qu'ils n'adoraient qu'un seul Dieu. Car ils adoraient leur Dieu national. Ils faisaient donc comme tout le monde. Mais les chrétiens, étant de tous les pays et de toutes les races, n'avaient pas de Dieu national, ce qui signifiait pour le peuple qu'ils n'en avaient pas du tout. Etant des athées, ils étaient des impies ; refusant d'implorer une des divinités reconnues et classées, ils se
mettaient hors la loi du monde divin ; ils attiraient des calamités sur les régions qu'ils habitaient.
Les proconsuls et les légats d'Auguste ne posaient pas la question en ces termes. Ils proposaient aux chrétiens de sacrifier avec tout le monde pour le salut de César, ou encore d'invoquer le génie de César. Refuser, c'était encourir les peines de lèse-majesté.
Or, c'est à l'empereur que Justin s'adresse, moins comme l'incarnation de la majesté romaine, que comme représentant une moyenne de justice et d'équité. Les chrétiens ne sont pas des athées, et il en donne une preuve qui n'eût fait qu'aggraver son cas auprès des magistrats : il est si peu athée qu'il adore le Dieu véritable, et les dieux auxquels il dénie ses hommages ne sont que des démons menteurs.
Mais comme il connaissait l'implacable sévérité du droit qui frappait les coupables de lèse-majesté, Justin affirme hautement le respect des chrétiens pour l'autorité souveraine : <( Nous sommes les premiers à payer les tributs et les impôts à ceux que vous préposez a cet office. C'est un précepte du Christ. Quand on lui demanda s'il fallait payer le tribut à César, il répondit : a Dites-moi, à quelle (( effigie est frappée cette pièce de monnaie? — (( A celle de César. — Et il reprit : Rendez donc à (( César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à « Dieu. » Nous n'adorons donc que Dieu seul, mais pour le reste, nous vous obéissons volontiers, vous reconnaissant pour les maîtres et les chefs des peuples, et nous demandons à Dieu qu'avec la
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puissance souveraine, on voie en vous la sagesse et la raison 1. » Cette prière est austère. Mais ce langage n'était-il pas le plus digne d'Antonin et de Marc-Aurèle ? Justin touche une raison à laquelle des princes, même sceptiques, n'ont pas été insensibles. Le christianisme. Napoléon le savait, peut devenir un instrument de règne. Dans les hautes régions du pouvoir, même quand on ne croit pas, on n'est pas fâché que le peuple croie. Cela prévient les révolutions et réduit les frais de police. Dans ces termes, rien de plus méprisable qu'une tolérance hypocrite. Justin eût rougi de réveiller un sentiment si bas. Il estime ses souverains, il est persuadé qu'ils souhaitent voir régner avec eux les bonnes mœurs. Or ce serait Tétat du monde, s'il était chrétien. « Vous trouverez en nous les amis et les partisans les plus zélés de la paix, puisque, d'après notre doctrine, nul ne peut échapper à Dieu, le méchant, l'avare, le perfide, pas plus que l'honnête homme, mais que chacun, selon ses œuvres, va au châtiment ou au salut éternel. Si tous les hommes avaient cette conviction, personne ne voudrait commettre un crime d'un instant, sachant qu'il encourt le supplice du feu, mais il se contiendrait complètement, il se ferait une parure de toutes les vertus, pour obtenir les biens promis par Dieu, et éviter le châtiment 2. » L'intérêt de l'empire serait donc de favoriser le christianisme.