Digeste y XLVIII^ xix, 3o
L'accent véhément de Justin n'était donc pas fait pour lui plaire. Il faut le regretter pour lui. Rien n'était plus opportun, à tout prendre, qu'une parole franche et même hardie, allant droit au cœur du sujet. La subtilité des plaidoyers ne sert pas à grand'chose pour obtenir la réparation d'une injustice d'Etat. Si les lois existantes ne suffisent pas, on en fera d'autres. Vous prouvez au juge que la loi est mal faite ; il en convient intérieurement, mais il juge selon le texte de la loi, faisant pencher la balance, en cas de doute, vers le but visé par le législateur. L'opinion seule peut redresser l'outrage que l'opinion égarée a infligé à l'équité.
Justin pensait que c'était assez d'avoir raison. C'est bien de parti pris qu'il s'en est tenu à la raison naturelle, sans arguer des textes législatifs qui lui paraissaient favorables. Il parlait en philosophe, à des princes amis de la philosophie; il ne plaidait pas au tribunal de César. Il disait simplement : nous sommes innocents des crimes de droit commun ; c'est tyrannie et c'est imprudence, de maintenir une législation exceptionnelle de répression contre ceux qui sont, vous le savez, la meilleure ressource morale de l'empire parce qu'ils possèdent la vérité. Ce langage supposait la valeur divine du christianisme. Quand Justin menaçait l'empereur au nom de la vérité, l'empereur, qui n'en savait pas plus que Pilate, ne dirait-il pas, lui aussi : Qu'est-ce que la vérité ? C'est ce que l'apologiste ne lui permet pas d'ignorer.